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L'évolution du trait de côte et ses conséquences sur les ouvrages maritimes : cas du Phare de la Coubre (Charente-Maritime)

De Wikibardig

Introduction

Vue du phare de la Coubre depuis les dunes situées au sud de l'édifice. Photographie prise le 1er juillet 2010. (crédit photo : N. Flouest, CETE du Sud-Ouest)

Le phare de la Coubre, qui se dresse à la pointe Sud de la commune de la Tremblade, en Charente-Maritime, balise l'extrémité nord de l'embouchure de la Gironde (rive droite). Il a subi par le passé plusieurs reconstructions successives, rendues obligatoires par la vulnérabilité de l'édifice aux mouvements des dunes et du trait de côte. Ces mouvements sont en effet très prononcés dans cette partie du littoral charentais. La pointe de la Coubre, en particulier, se prolonge par une langue de sable qui se développe vers le Sud et se déplace irremédiablement au fil du temps.

Carte : Phare de la Coubre

Les ingénieurs du Service Maritime décidèrent, dans ce contexte délicat, d'établir en 1830 le premier feu de la Coubre au sommet d'une petite tour faite d'une charpente de bois, et haute de 11 mètres. Un édifice en maçonnerie fut ensuite érigé en 1842, puis reconstruit en sapin en 1860 par crainte d'un effondrement. Deux nouveaux phares sont construits par la suite, l'un en maçonnerie en 1895, puis un autre très rapidement, en béton armé cette fois-ci, à partir de 1904. Celui-ci fut allumé le 1er octobre 1905, et devenait alors, avec le phare d'Eckmühl en Bretagne, le plus puissant de la côte atlantique.C'est le phare actuellement présent sur la pointe.

La construction actuelle n'est pourtant pas moins exposée que les précédentes au risque de déstabilisation de ses fondations. Entre 1895 et 2009, la distance entre le rivage et la position de l'actuel phare a diminué, passant de 3100 m (l'ouvrage actuel est situé à 1600 mètres de la position du phare de 1895, lui-même distant du rivage à l'époque de 1500 mètres) à 170 m (Source : Service Maritime de Charente-Maritime). Ce déplacement exceptionnellement rapide du rivage (en moyenne mais aussi ponctuellement car des études relatent l'observation par le passé d'un retrait de 100 m en deux heures...) a conduit les services de l'État à étudier des précautions à prendre dès à présent.

Analyse historique de la distance du rivage à la position du phare actuel, un indicateur utile au suivi des évolutions du milieu

De façon générale, les zones littorales sont soumises à un recul quasiment généralisé, sous la forme d'effondrements ou de glissements dans le cas des côtes à falaises (comme on en rencontre par exemple en Normandie, en Bretagne ou au Pays Basque,...), ou sous la forme d'une érosion dans le cas des côtes basses sableuses (c'est le cas notamment d'une grande partie du littoral aquitain). Dans le deuxième cas, l'érosion est progressive mais peut s'accélérer de manière ponctuelle et parfois spectaculaire lors des tempêtes et des plus fortes marées.

L'environnement du phare de la Coubre, de type sableux et dunaire, est sujet à une érosion très prononcée. Les données conservées par la Direction Départementale de l'Équipement de Charente-Maritime (actuellement Direction Départementale des Territoires et de la Mer) montrent à travers un graphique le déplacement rapide du rivage.

graphe de l evolution de la distance entre le rivage et le phare de la coubre

Graphe de l'évolution de la distance entre le rivage et la position du phare actuel, vitesses successives de recul du trait de côte [1].

Cette courbe montre que l'évolution du trait de côte sur les 115 dernières années n'est pas linéaire. La vitesse de retrait semble se stabiliser, depuis le milieu du XXème siècle, autour d'une valeur moyenne de 5 m par an, ce qui bien que plus faible que par le passé, reste importante.

Le retrait très rapide observé au début du XXème siècle était de son côté un mouvement préoccupant depuis bien plus longtemps. Les rapports établis au cours du XIXème siècle écartaient la possibilité de construire un édifice en dur sur la pointe de la Coubre. Stabilisée un moment aux alentours de 1890, l'érosion a repris de plus belle dès 1895, avec les conséquences présentées ci-dessus

La vitesse avec laquelle se réduit la distance entre le rivage est le phare de la Coubre est ainsi un bon indicateur pour accompagner les démarches de protection du phare et de prévention des sinistres.C'est une représentation simplifiée des évolutions du milieu, adaptée à leur suivi au fil du temps et à la préparation des décisions.

Observations, analyse des évolutions actuelles du trait de côte et des mécanismes naturels en action

La réduction de la distance entre le rivage et le phare de la Coubre, accompagnée par le passé d'effondrements brutaux, est le témoin perceptible de mécanismes naturels complexes, qui déforment progressivement le littoral dans ce secteur. Les courants marins, associés à des flux sédimentaires, entraînent par endroit des phénomènes d'érosion, qui soustraient du sable au rivage. Dans le même temps, des phénomènes d'accrétion déposent le sable en d'autres endroits.

Ces mécanismes sont en temps normal très progressifs, et il n'est pas simple de distinguer visuellement auquel des deux est soumise une portion de littoral. Les photographies ci-dessous montrent chacun des deux cas.

pointe de la coubre profil de plage en erosion
pointe de la coubre profil de plage en accretion

Vues de deux profils du rivage au voisinage du phare de la Coubre ; en haut : profil soumis à un mécanisme d'érosion ; en bas : profil soumis à un mécanisme d'accrétion. Photographies prise le 1er juillet 2010. (crédit photo : N. Flouest, CETE du Sud-Ouest)

Le profil en érosion, en haut, présente une cassure nette de la dune, même si elle est de faible hauteur. La végétation est un bon indicateur des variations dans le temps : les herbes présentes au pied de la face verticale ont chuté lors d'effondrements. Le profil en accrétion, au dessous, présente des pentes plus douces, et la végétation la plus proche de l'eau se développe sur un sable nouvellement déposé. Ce dépôt de sable contribue aussi à l'alimentation de dunes qui progressent vers l'intérieur des terres. La vue du phare présentée au début de cet article ci-dessus laisse percevoir cette avancée dunaire au Sud du phare. La crête de la dune surplombe ici les arbustes présents en arrière-plan et qui seront progressivement recouverts.

Le voisinage du phare de la Coubre est sujet à ces deux phénomènes, et si de manière globale la distance au rivage diminue, comme cela a été montré précédemment, le mouvement du littoral au Sud du phare est une extension progressive de la côte. Le schéma ci-dessous montre de manière très synthétique les mécanismes et les caractéristiques de ces évolutions.

schema de l evolution du littoral au voisinage du phare de la coubre

Schéma des mécanismes de flux sédimentaires, érosion et accrétion au voisinage du phare de la Coubre [1].

Conséquences pour la stabilité du phare et organisation de la prévention

Afin d'envisager dès à présent la conduite à tenir au fil de l'évolution du trait de côte, des dispositions ont été prévues en s'appuyant sur les valeurs de la distance entre le rivage et le phare. Pour cela, une étude géotechnique de la stabilité du phare a été effectuée, en traitant plusieurs profils supposés observés dans les prochaines années. A partir du profil actuel, qui présente une partie en équilibre mécanique en bordure de mer (plage), une dune suivie vers l'arrière d'une plateforme horizontale supportant le phare, des situations de recul de plus en plus préoccupantes ont été définies. Dans ces situations, la pente du talus présent devant le phare est de plus en plus accentuée, ce qui compromet la stabilité de l'édifice. Des études de cette stabilité ont permis d'identifier trois niveaux d'alerte, précédant dans un cas extrême l'effondrement certain du phare. A partir du troisième niveau d'alerte, un enrochement du talus permettra de le maintenir stable malgré la faible distance entre le phare et les flots.

Le schéma qui suit résume cette approche. Compte tenu de la vitesse actuelle de diminution de la distance séparant le phare de la mer, elle permet un suivi de la situation pendant une période de l'ordre de la dizaine d'années. On pourra donc constater qu'il s'agit là d'une démarche de prévention à relativement court terme.

schema de l etude de stabilite du phare de la coubre

Schéma de l'approche de l'évolution de la stabilité du phare par la définition de niveaux de recul assortis de mesures de prévention [1].

Vue du phare de la Coubre depuis le rivage situés au sud-ouest de l'édifice. Photographie prise le 1er juillet 2010. (crédit photo : N. Flouest, CETE du Sud-Ouest)


Auteur du texte : Yves Nédélec - CETE du Sud-Ouest, Département Laboratoire de Bordeaux

Référence :
[1] « Phare de la Coubre - Etude de la stabilité du phare vis-à-vis de l'évolution du trait de côte ». CETE du Sud-Ouest, Laboratoire Régional de Bordeaux (2010)

Liens utiles

La présentation sur Wikipedia du phare de la Coubre

Musée du patrimoine du Pays Royannais

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