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Sites de Boyarville et de la Perrotine Communes de Saint-Georges et Saint-Pierre d'Oléron - Expertise des zones de solidarité Xynthia

De Wikibardig
introduction boyardville

Sommaire

Eléments de contexte

Les quartiers de Boyardville et la Perrotine sont situés de part et d'autre du canal de la Perrotine qui constitue le débouché du marais de même nom. Un port y a été aménagé au début du XIXème siècle pour la construction de Fort Boyard; il est resté depuis l'un des plus actifs de l'île d'Oléron.
canal perrotine

Les berges du canal ont été remblayées au dessus du niveau des plus hautes marées, sensiblement à la cote 3,80 NGF, soit environ deux mètres au dessus du sol naturel du marais, avec en crête une voie circulable qui dessert des quais. Le débouché dans le pertuis d'Antioche est défendu par des jetées, maçonnée au sud, en enrochements au nord qui le protègent de la houle.
Coté canal, les berges sont perrayées jusqu'au pont qui relie les deux rives en amont du site et bordées d'appontements utilisés pour la pêche, la plaisance et les vedettes qui relient l'île d'Oléron à la Rochelle ou permettent la visite des environs.
Du coté opposé au canal la berge est bordée de constructions : habitations ou activités diverses. Ces constructions comportent généralement un niveau principal qui ouvre sur le quai et un niveau bas qui ouvre sur l'ancien marais.

Coté la Perrotine (Saint-Pierre d'Oléron), le site est entouré par deux échelons de digues qui enserrent deux petits polders (ou tannes en langage local), la tanne de la Perrotine et la tanne de Fort Royer.
La tanne de la Perrotine constituent une cuvette profonde (le fond est à moins de 2,00 NGF) et de petite taille (6 hectares), bordée au nord par une rangée de maisons le long du quai et par une autre à l'est le long de la rue des Aigrettes. Un fossé central assure le drainage et se rejette dans le canal de la Perrotine au moyen d'une « varaigne »1. Tous ces ouvrages sont restés sous la responsabilité d'une association de propriétaires désormais tombée en désuétude et leur maintenance dépend de la bonne volonté des riverains.
La digue de Fort Royer est aujourd'hui surmontée par une piste cyclable ce qui lui vaut d'être entretenue par la collectivité.
Le niveau d'entrée des maisons implantées en bord de rue est toujours supérieur à 3,70 NGF. Celui des maisons implantées en retrait, rue des Aigrettes s'abaisse à 3,00 NGF. Les niveaux bas et les locaux annexes ne sont parfois qu'à 2,00 NGF

Coté Boyardville (Saint-Georges d'Oléron), le site est beaucoup plus vaste : sa surface est d'une soixantaine d'hectares, on y trouve plus de 400 constructions, surtout des maisons individuelles mais aussi des commerces, des hôtels et un bassin à flot qui complète les appontements situés le long du canal. La configuration est celle d'une cuvette délimitée par le quai du canal, la RD 126 vers le bourg de Saint-Georges, et une piste cyclable en limite de la forêt domaniale des Saumonards. Le long du quai, la configuration est analogue à celle observée à la Perrotine mais le fond de la cuvette est largement urbanisé. Les points bas se trouvent immédiatement en arrière du quai : des points d'altitude inférieure à 2,00 NGF ont été relevés entre le quai du 158ème régiment d'infanterie et l'avenue de l'Océan ainsi qu'entre la rue des Fusains et l'avenue de la plage.
Les personnes rencontrées ont expliqué que le drainage du site reposait initialement sur un réseau de canaux qui se rejetaient dans le canal par l’intermédiaire de varaignes de bonnes taille. Une zone déprimée au pied de la dune des Saumonards servait de bassin de rétention et absorbait les eaux qui pouvaient franchir le quai lors des évènements exceptionnels. Lors de l'aménagement de l'avenue de la plage et de l'allée des Peupliers, au cours des années 1970, les varaignes ont été équipées de clapets de petite dimension et une grande partie de la zone déprimée a été remblayée ce qui a aggravé la vulnérabilité du site.


La tempête Xynthia

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Au vu des laisses de crue relevées sur les berges du canal (étude Sogreah), le niveau de l'océan est monté jusqu'à 4,25 NGF.

Les tannes de Fort Royer et de la Perrotine ont été submergées ; le niveau de l'eau s'y est équilibré avec celui de l'océan.
Coté Boyardville l'eau est passé par dessus les quais et a inondé les quartiers situés en arrière mais le niveau n'a pas dépassée 3,50 NGF : la cuvette ne s'est pas remplie complètement.
Plus en amont, des brèches se sont produites dans les berges du canal au lieu dit la Cayenne; l'eau a remonté le canal et provoqué une submersion générale des marais de l'intérieur de l'île mais sans dépasser la cote 3,60 NGF avec des variations notables selon les endroits, en fonction des conditions d'écoulement.
Les vagues sont restées modérées et n'ont pas joué un rôle significatif dans les submersions.
Le drainage du site a pris plusieurs jours en raison de l'état des canaux et des varaignes.


Les zones de solidarité

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Les terrains urbanisés inondés par plus d'un mètre d'eau en moyenne ont été classés en zone de solidarité; ceux inondés à une hauteur un peu inférieure ont été classés en zone de prescription (zone « jaune »).

Coté Saint-Pierre, la zone contenait 34 constructions dont 8 ont donné lieu à des accords amiables.
Coté Saint-Georges, les zones de solidarité contenaient 133 propriétés dont 14 commerces. 34 accords amiables avaient été recueillis au 5 janvier 2011.
Ces zonages ont suscité une forte opposition et des associations se sont constituées en faveur de la sauvegarde du site.
La perspectives d'expropriation des maisons riveraines du canal a été particulièrement mal ressentie dans la mesure où le niveau principal de ces maisons n'avait été que peu inondé, souvent pas du tout (pour les maisons surélevées de quelques marches); les locaux inondés par plus d'un mètre constituaient des demi sous sol ou des locaux annexes, très souvent aménagés pour le logement il est vrai.


Diagnostic

Aléa de référence

En tenant compte des conditions de propagation des marées de vive eau, pour une cote de 4,50 NGF au marégraphe de la Pallice, ont devrait avoir 4,30 NGF à l'entrée du canal de la Perrotine. C'est à peu près ce qui s'est passé lors de Xynthia :les laisses d'inondation correspondent sensiblement à 4,25 NGF.
Par contre, si le niveau de l'eau dans la cuvette de la Perrotine s'est équilibré avec celui de l'océan, il est resté nettement inférieur à Boyardville où il n'a guère dépassé 3,50 NGF : le site ne s'est pas rempli complètement. Au vu des données topographiques disponibles, la quantité d'eau qui a pénétré à l'intérieur du périmètre délimite par le quai, le port, la RD 126 et la piste cyclable peut être estimée à 300 000 m3 qui ont inondé un peu moins de 30 hectares.
Pour remplir le même périmètre à la cote 4,25 NGF il aurait fallu au moins 500 000 m3 qui auraient inondé 50 hectares.
Un examen de la topographie des lieux montre que le débit qui peut pénétrer dans le site est très sensible au niveau de l'eau dans la canal.
Si ce niveau est de 4,10 NGF, l'écoulement utile se fait sur 130 mètres environ, l'essentiel du débit, que l'on peut estimer à 25 m3 par seconde passe par dessus l'écluse du port (qui est à la cote 3,75 NGF). Pour un niveau à 4,30 NGF dans le canal le déversement se fait sur un peu plus de 450 mètres et le débit dépasse 120 m3 par seconde ce qui permet de remplir le site en une heure.
Le niveau de l'eau dans le canal était sans doute très proche de celui de l'océan jusqu'à l'entrée du port. En amont de ce point, le canal est sensiblement plus étroit et moins profond. En période de marée montante, l’altitude de l'eau diminue progressivement lorsque l'on remonte vers le marais, celui ci étant trop vaste par rapport à la section du canal pour se remplir complètement. Lors de Xynthia la hauteur d'eau en fond de marais n'a pas dépassé 3,60 NGF, soit 65 cm de moins qu'à l'entrée du canal. Cette perte de charge s'est répartie sur les 2 km où les deux rives du canal sont endiguées en amont du site. Elle a peut être été un peu augmentée lors de la formation de brèches dans la digue au lieu dit la Cayenne, juste en amont de Boyardville. Il semble aussi que l'effet de Xynthia en matière d'amplitude et surtout de durée de la surcote ait été un peu moindre à l'extrémité de l'île d'Oléron que plus près de la Rochelle.
Cette relative modération de l'inondation lors de Xynthia est une circonstance heureuse pour Boyardville mais on ne peut espérer qu'il en sera toujours de même à l'avenir. L'évènement de référence doit y rester une inondation à la côte 4,30 NGF, soit 80 cm de plus que ce qui a été observé en février 2010 : les maisons de ce quartier, situées en arrière du canal, qui, le 28 février 2010, ont été inondées par plus de 20 cm d'eau pourraient l'être par plus de 1 mètre et doivent être considérées comme dangereuses au vu des critères actuels ; il y en a une trentaine en dehors de la zone de solidarité.
Du coté de Saint-Pierre - la Perrotine, le niveau atteint par l'eau lors de Xynthia correspond sensiblement à l'évènement de référence. Cela s'explique par la taille réduite du site et le linéaire plus important du déversement (le quai et les digues) qui a permis de remplir la cuvette en peu de temps avec de faibles quantités d'eau (environ 120 000 m3).
Comme expliqué plus haut, le canal de la Perrotine est trop étroit pour que, en cas de grande surcote marine, le niveau de l'eau au fond des marais puisse égaler celui de l'océan. La mission d'expertise n'est pas en situation de proposer une cote de référence pour les sites éloignés de Boyardville. Toutefois le niveau de l'eau à redouter au lieu dit la Cayenne, juste en amont du pont est sensiblement le même qu'à Boyardville. L'habitation qui s'y trouve est dans une position limite par rapport aux critères de danger: cote de seuil proche de 3,30 NGF, proximité de la digue.
Les constructions ouvrant sur le quai ont, quant à elles, été inondées à une cote proche de celle de l'évènement de référence. Au vu des critères en vigueur, elles ne peuvent être considérés comme dangereuses pour leurs occupants, d'autant que la largeur de la digue, (au moins 10 mètres en crête), ne fait pas redouter de rupture brutale. Par contre les locaux aménagés en demi sous sol ou dans des locaux annexes en contrebas peuvent être rapidement inondés par plus d'un mètre d'eau et sont dangereux lorsque les quais sont submergés.

Influence de l'état des ouvrages

Le tassement des quais, le mauvais état des ouvrages de drainage qui ont perdu leur vocation agricole est patent ; les riverains s'interrogent quant à l'effet de cette situation par rapport aux inondations passées et à venir. Il est possible de fournir quelques éléments d'éclairage:

  • Depuis leur construction, les bords du quai se sont manifestement enfoncés, parfois de plusieurs décimètres. Ce phénomène est certainement du à l'écoulement du remblai sableux à travers les joints de la maçonnerie sous l'effet des marées, parfois à une mauvaise tenue du pied de talus. Il est toutefois resté localisé aux premiers mètres sans atteindre le bord opposé où se trouvent les constructions : même les plus anciennes n'ont pas connu de désordre. L'altitude de la crête de digue est donc restée stable.
  • La section du canal est un peu plus faible au niveau du pont ; certains ont pensé que cela avait aggravé l'inondation en freinant les écoulements débouché du pont. Le phénomène est réel mais peu important :sauf au moment de la formation de la Brèche à la Cayenne la perte de charge n'a pas dû dépasser quelques centimètres.
  • La jetée en enrochements qui protège au nord l'entrée du chenal se trouve dans une zone où les sections d'écoulement sont importantes à marée haute ; le tassement dont elle a fait l'objet n'a d'effet que sur la propagation des vagues, pas sur les débits.
  • L'effondrement de la digue rive gauche à la Cayenne, en amont du site, n'a pu avoir qu'un effet favorable sur l'inondation de Boyardville mais, au vu des réparations réalisées ce phénomène a peu de chances de se reproduire.
  • Par contre le mauvais état des ouvrages de drainage, notamment des « varaignes » a pénalisé l'essorage du site et gravement prolongé l'inondation. La situation a été calamiteuse à la Perrotine où une saignée destinée à accélérer la vidange de la cuvette à hauteur du chantier naval (à la naissance de la digue maçonnée) s'est transformée en une brèche qui a permis le retours de l'eau pendant sept marées consécutives.


Les possibilités de protection

La protection des sites en forme de cuvette est délicate dans la mesure ou tout débordement entraine un remplissage rapide avec une hauteur d'eau égale à la profondeur de la cuvette.
En pratique, on ne peut raisonnablement protéger que les cuvettes suffisamment vastes pour qu'une défaillance localisée de l'endiguement (problème d'entretien, mauvaise manœuvre d'une vanne) n'entraine qu'un remplissage partiel, les parties les plus basses restant libres de constructions.
La cuvette de Boyardville répond à ces conditions. Sa vulnérabilité pourrait être réduite par un endiguement offrant une marge de sécurité raisonnable (30 à 50 cm) par rapport à la cote de référence (4,30 NGF) avec des zones de rétention aménagées dans les parties basses du site (sol naturel à moins de 2,50 NGF) et remise en état des ouvrages de drainage (varaignes) pour évacuer en un seul cycle de marée l'eau qui pourrait pénétrer dans le site1. La configuration des lieux est assez favorable: le dispositif pourrait être constitué par un parapet bordant le canal et le port, avec des portillons étanches aux endroits ou un passage resterait nécessaire. La RD 126 devrait aussi être rehaussée et l'endiguement prolongé jusqu'aux points hauts de la dune des Saumonards. Le coût pourrait être compris entre 2 et 3 M€ (800 m de parapets plus relèvements de chaussées et sujétions).
Un tel aménagement serait toutefois sans effet sur les constructions situées à l'ouest de la RD 126, notamment l'habitation située au lieu dit la Cayenne qui est vulnérable à une rupture de la digue.
Il appartiendra à la collectivité maîtresse d'ouvrage des travaux de préciser le projet d'une telle protection et d'en fixer l'implantation,
Sur Saint-Pierre, la cuvette de la Perrotine est peu urbanisée, sa protection serait très délicate en raison de sa petite taille. Compte tenu des accords de vente amiable dont les constructions dangereuses ont déjà fait l'objet, elle ne serait pas économiquement justifiée.


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