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Wikibardig:Le ralentissement dynamique.

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Version du 16 octobre 2017 à 15:44 par Huguette Felix (discuter | contributions)

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Sommaire


Le contexte réglementaire

Avec la parution de la loi MAPTAM loi n° 2014-58 du 27 janvier 2014 (Modernisation de l'Action Publique Territoriale et d'Affirmation des Métropoles), une série de mesures visant à clarifier et renforcer les compétences décentralisées a été mise en place. Les dispositions créant la compétence de la maîtrise d’ouvrage sur le territoire en matière de GEstion des Milieux Aquatiques et de Prévention des Inondations (GEMAPI) attribuée au bloc communal devaient entrer en vigueur le 1er janvier 2016. Cette date a été reportée au 1er janvier 2018 par la loi NOTRe (Nouvelle Organisation Territoriale de la République), parue le 7 août 2015.

Le risque inondations et les mesures de réductions

La Directive Européenne relative à l’évaluation et à la gestion des risques d’inondation (UE, 2007), définit dans son article 2 le risque d’inondation selon ce principe : la combinaison de la probabilité d’une inondation et des conséquences négatives potentielles pour la santé humaine, l’environnement, le patrimoine culturel et l’activité économique associées à une inondation.

Cette définition fait apparaître les deux composantes, souvent appelées respectivement l’aléa, qui est le phénomène physique aléatoire, et la vulnérabilité, liée aux enjeux susceptibles d’être touchés. En conséquence, pour réduire le risque, il faut agir sur l’aléa et/ou sur la vulnérabilité.

Les bonnes pratiques actuelles recommandent non seulement de considérer les effets à l’échelle du bassin, mais aussi de prendre en compte l’ensemble des conséquences possibles : à l’échelle du régime (comportement pour des crues fortes, risque de dysfonctionnement voire de ruptures) et d’une gestion intégrée (conséquences environnementales, plans de développement).

L’aléa peut être modifié par des aménagements, visant à empêcher les débordements (digues calibrages…) où à écrêter les crues.

La vulnérabilité peut être également réduite, soit en réduisant les enjeux (établissement de documents d’urbanisme) soit en cherchant à minimiser les conséquences d’un événement, par des dispositions constructives adaptées, des systèmes de prévision des crues et d’alerte, par des plans de gestion des crises, par la promotion de la culture du risque…

Ces deux groupes de moyens d’action sont parfois qualifiées respectivement de mesures structurelles et mesures non structurelles.

L’ensemble de ces mesures doit naturellement être coordonné et conçu :

  • de manière intégrée pour éviter de remplacer un problème par un autre, souvent plus ou moins caché, comme la dégradation écologique des milieux ou la descente des niveaux de nappe ;
  • à la bonne échelle d’espace : sur le bassin versant. Les aménagements conçus pour faciliter localement l’évacuation risquent de reporter le problème à l’aval mais ce ne sont pas les seuls : une crue peut paradoxalement être aggravée par des aménagements de rétention installés dans un de ses sous-bassins, si le retard qu’ils induisent fait coïncider l’arrivée de leur pic avec celui des autres contributions (horloge des crues) ;
  • à la bonne échelle de temps : il faut estimer les conséquences sur le long terme, en tenant compte de la durée de vie des ouvrages. Cela nécessite de connaître le plan de développement futur, les coûts d’entretien et le vieillissement des ouvrages, ainsi que des conséquences pour toutes les crues, y compris les crues extrêmes.

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Le ralentissement dynamique pour gérer le risque inondation

Concept

Le concept de « Ralentissement Dynamique » a été initialement proposé en 1992 dans le cadre de travaux pour le Programme Hydrologique International de l’Unesco en tant que règle de gestion intégrée privilégiant l’aspect ressource (concept cité dans Oberlin, (1994) et formalisé dans Oberlin et al., (1997). Il vise à compenser les accélérations du ruissellement provoquées par l’activité humaine. Il considère donc non seulement les problèmes d’inondation, mais aussi d’érosion, de ressource en eau et de préservation des milieux naturels. La mise en œuvre du Ralentissement Dynamique implique d’utiliser au maximum les potentialités de ralentissement et de rétention temporaire en versant, dans les réseaux hydroagricoles, et enfin dans le réseau hydrographique et sa plaine d’inondation.

Promouvoir la gestion intégrée des inondations à l’échelle d’un bassin versant est une nécessité. En effet, des aménagements mal coordonnés peuvent conduire à simplement déplacer les inondations d’un endroit à un autre. Empêcher tout débordement n’est ni réaliste au plan technique, ni souhaitable au plan écologique, ni tenable au plan économique. En revanche, il est possible de gérer les inondations, c’est-à-dire de fixer des objectifs raisonnables de réduction de l’aléa, déterminés au regard des enjeux humains et économiques, tout en diminuant la vulnérabilité aux inondations, par des mesures permettant de réduire les dommages subis pour un aléa donné.

En pratique

Pour limiter le recours aux protections locales et aux calibrages, il est nécessaire d’écrêter les crues en amont des enjeux.

Certaines techniques sont mises en pratique sur l’ensemble du bassin versant (aménagement diffus) : plantation de haies le long de courbes de niveau, fossés rejoignant la rivière plus en amont en suivant un tracé proche des courbes de niveau et non pas selon la ligne de plus grande pente, implantation de bandes riveraines boisées, techniques culturales sans labour, pratique de cultures dérobées pour couvrir le sol après la première récolte …

D’autres techniques concernent l’aménagement du lit mineur et du lit majeur du cours d’eau ; recul ou ouverture des endiguements de protection des zones non urbaines, haies épaisses et autres ralentisseurs transversaux, zones de surstockage (ou bassins), barrages à pertuis ouverts, barrages à lit mineur inchangé (ou barrages échancrés)… Il s’agit de ne pas continuer la course à l’augmentation de la capacité d’écoulement du lit mineur, mais aussi de veiller à ce que le lit majeur puisse jouer pleinement son rôle essentiel de stockage.

En modifiant les écoulements uniquement durant les crues et en respectant leur continuité longitudinale, les ouvrages doivent perturber au minimum les flux d’eau, de sédiments et les déplacements de la faune aquatique.

En pratique, il faut repérer les cheminements de l’eau et les emplacements convenant à la mise en œuvre de ces techniques. Il faut notamment vérifier que l’occupation du sol soit compatible et que les capacités de stockage soient suffisantes. Selon les besoins et les opportunités existant sur le bassin, ce principe peut être mis en œuvre de multiples manières, ce qui est illustré par la figure ci-dessous.

Image2 RD.png

1 et 2 : ralentissement des ruissellements en versant - 3 et 6 : rétention modeste par un petit ouvrage ou derrière un talus routier- 4 : limitation locale de débit en réseau hydroagricole, avec débordement accepté - 5 : un bassin d’orage – 7 : un barrage à pertuis ouvert sur un cours d’eau - 8 : protection rapprochée par digues.


Les barrages écrêteurs de crues et les bassins latéraux sont les deux grands types d’ouvrages hydrauliques dédiés au ralentissement dynamique situés à l’amont des enjeux.

Références :

Chastan B. (Coord.), 2004. Le ralentissement dynamique pour la prévention des inondations : guide des aménagements associant l’épandage des crues dans le lit majeur et leur écrêtement dans de petits ouvrages. Ministère de l'Écologie et du Développement Durable, Cemagref, 129 p.

Oberlin, G., 1994 - Contribution à une gestion intégrée du patrimoine des eaux continentales par une protection raisonnée et négociée contre les inondations, Compte-rendu du CADAS Paris, Académie des Sciences et Conseil Economique et Social, Paris, 108-116.

Oberlin, G. ; Gilard, O. ; Sauquet, E. ; Desbos, E., 1997 - Le concept de ralentissement dynamique, en gestion intégrée des eaux, in : FRIEND projects H-5-5 and 1.1, third report, Cemagref éditions, 373-380

Napoléon III, 1856 - Lettre de du 21 juillet 1856, au Ministre des travaux publics. BNF.

Peyras L. ; Royet P. ; Salmi A. ; Salembier M. ; Boissier D. Etude de la sureté de fonctionnement d’un aménagement hydraulique de génie civil : application à des ouvrages de protection contre les inondations de la ville de Nîmes. 2006

Poulard C., Chastan B., Royet P., Degoutte G., Grelot F., Erdlenbruch K., Nédélec Y. –Prévention des inondations par Ralentissement Dynamique : principes et recommandations - 27 pages – Ingénierie EAT- N° spécial « La prévention des inondations » 2009.


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