Protections pour réduire les aléas d’inondation : les aménagements de dérivation partielle des débits en crue (HU) : Différence entre versions
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Après sa mise en service en 246 avant J.-C., l’aménagement a fonctionné quasi sans interruption durable pendant les plus de 2 270 années qui se sont écoulées depuis. Cette longévité exceptionnelle apparait due : | Après sa mise en service en 246 avant J.-C., l’aménagement a fonctionné quasi sans interruption durable pendant les plus de 2 270 années qui se sont écoulées depuis. Cette longévité exceptionnelle apparait due : | ||
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Cet aménagement a été inscrit par l’UNESCO sur la liste du patrimoine mondial de l'humanité, conjointement au tout proche mont Qingcheng, berceau du taoïsme : Voir [https://whc.unesco.org/fr/list/1001 Fiche n° 1001 de l’UNESCO]. | Cet aménagement a été inscrit par l’UNESCO sur la liste du patrimoine mondial de l'humanité, conjointement au tout proche mont Qingcheng, berceau du taoïsme : Voir [https://whc.unesco.org/fr/list/1001 Fiche n° 1001 de l’UNESCO]. | ||
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===Les canaux de Zheng Guo et de Lingqu, réalisés dans les décennies suivantes=== | ===Les canaux de Zheng Guo et de Lingqu, réalisés dans les décennies suivantes=== | ||
Version du 27 août 2026 à 10:49
Traduction anglaise : Protections to reduce flood hazards : partial flood diversion measures
Dernière mise à jour : 27/08/2026
Un aménagement hydraulique de dérivation partielle des débits maximaux d’un cours d’eau en crue forte consiste :
- à prélever, en amont d’une zone où les risques d’inondation sont importants, ou via un déversoir de sécurité d’un système d’endiguement, une partie suffisante de ces débits pour y réduire sensiblement les aléas,
- à les écouler, et parfois en stocker transitoirement une partie,
- puis les déverser :
- dans ce même cours d’eau, dans un tronçon aval au niveau duquel les risques d’inondation sont moindres (du fait d’une vulnérabilité faible et compensable des zones riveraines ou d’une plus grande capacité d’écoulement dans son lit mineur ou moyen),
- ou dans un autre cours d’eau, voire un plan d’eau.
Nota : Nous de développons dans cet article que les cas où l’écoulement (notamment en aval des déversoirs de sécurité de systèmes d’endiguement) est dominant par rapport à des stockages qui amortiraient ses effets dans le val où il se produit. Le cas où cette dérivation comporte un stockage intermédiaire prédominant de ces eaux prélevées en pointe de crue et une restitution en fin de crue, ou après, via des canaux d’alimentation et de restitution est traité dans l’article "Protections pour réduire les aléas d’inondation : les casiers d’inondation (HU)".
Sommaire |
Introduction
Contenu de l'article
Cet article, après avoir rappelé les thèmes abordés dans l’article "Protections pour réduire les aléas d’inondation : vue globale (HU)" et le titre des autres articles longs sur les divers types de ces protections, apporte des éléments spécifiques concernant les dispositifs de dérivation d’une partie des débits maximaux des fortes crues vers :
- d’autres cours d’eau ou des plans d’eau exutoires, en donnant des exemples d’aménagements mis en service :
- au 3ème siècle avant J.-C., trois dérivations réalisées en Chine ;
- en 1982, le renforcement d’une dérivation partielle des débits de forte crue du Haut-Rhône au niveau de la retenue hydroélectrique de Belley (01) vers la plaine de Chautagne et le Lac du Bourget ;
- en 2008, sur le Lez en amont de Lattes (34), avec un déversoir latéral partiteur alimentant un chenal d’écoulement vers l’étang côtier de Méjean via le lit majeur terrassé de la Lironde, petit cours d’eau qui s’y jette ;
- d’autres cas signalés ;
- des chenaux de décharge en lit moyen ou majeur du cours d’eau ponctionné en crue, ou en direction d’un autre exutoire, fonctionnant lorsque le niveau d’eau dans le bras principal ou le lit mineur atteint des valeurs devenant dangereuses pour les systèmes d’endiguement qui le bordent ou les zones riveraines qui en sont dépourvues, en donnant les exemples :
- du déversoir et du chenal de la Bouillie à Blois, aménagé du XVIIème siècle puis repris aux XIXème et XXIème siècles ;
- des dérivations partielles en crue aménagées dans le delta commun du Rhin de la Meuse et de l’Escaut aux Pays-Bas, dans le cadre du programme néerlandais "Ruimte voor de River" ("faire de la place au cours d’eau"), notamment : à Nimègue (Nijmegen, en néerlandais), depuis le Waal, branche principale du Delta du Rhin, vers un nouveau bras secondaire, le Canal Reevediep, et à Kampen, depuis l’Ijssel, branche la plus septentrionale du Delta, vers les Lacs Drontenmeer puis Ijsselmeer, via le nouveau canal de décharge Reevediep ;
- des chenaux d’écoulement ou autres ouvrages, aménagés dans le lit majeur des cours d’eau pour écouler (et éventuellement stocker transitoirement) les eaux de surverses des déversoirs de sécurité des systèmes d’endiguement sans trop de dommages, en évoquant la nécessité de consolider les savoir-faire pour de tels aménagements, et en citant les cas des Vals de Tours et d’Orléans en bord de Loire.
Rappel des principaux thèmes abordés dans les articles longs portant sur les protections pour réduire les aléas d’inondation
L’article "Protections pour réduire les aléas d’inondation : vue globale", présente :
- l’évolution très progressive de la demande sociale au cours de ces dernières décennies en matière de réduction du risque d’inondation : moins exclusivement centrée sur des ouvrages nouveaux d’atténuation des aléas et plus orientée vers une diversification des mesures de réduction des aléas d’inondation et, pour la protection, une priorité donnée aux renforcements et améliorations des ouvrages existants ;
- un certain nombre de définitions de base pour les ouvrages et aménagements hydrauliques de protection et leur contexte ;
- les évolutions législatives ou organisationnelles récentes visant à renforcer, sécuriser, accélérer et compléter les protections existantes ;
- les contextes réglementaire et organisationnel des ouvrages hydrauliques pour l’ensemble des ouvrages hydrauliques (barrages et systèmes d’endiguement ou autres aménagements utilisant des digues), ainsi que leur sécurité, et la méthodologie de leur mise en œuvre.
- la présentation rapide du contenu des différents articles de la catégorie "Protections pour réduire les aléas d’inondation".
Les aspects plus spécifiques concernant chacun des types d’aménagements autres que les dérivations partielles de débit sont traités dans les articles suivants :
- Protections pour réduire les aléas d’inondation : les systèmes d’endiguement et leurs compléments (HU) ;
- Protections pour réduire les aléas d’inondation : les casiers d’inondation (HU) ;
- Protections pour réduire les aléas d’inondation : les barrages et leurs retenues (HU) ;
- Protections pour réduire les aléas d’inondation : les aménagements de ralentissement dynamique des crues (HU).
Les dérivations partielles des débits en crue d’un cours d’eau vers un autre ou vers un autre exutoire
Les dérivations partielles des débits en crue de cours d’eau en Chine vers 250 ans avant J.-C.
L’ouvrage de dérivation de Du Jiang Yan, sur la rivière Min (dans le Si Chuan actuel)
Voir Wikipedia https://fr.wikipedia.org/wiki/Système_d’irrigation_de_Dujiangyan et, en anglais.
Le royaume de Qin (qui unifiera la Chine en Empire, pour la première fois, en 221 avant J.-C., en ayant vaincu successivement les 6 autres grands royaumes), prend, à la fin de la période des Royaumes combattants, le contrôle de la région de Chengdu (dans le Sichuan actuel), alors pauvre, peu peuplée et soumise aux inondations régulières par la rivière Min. Ces inondations étaient la conséquence, notamment, de la rupture de pente de la ligne d’eau de la rivière qui, après avoir dévalé des Monts Min, sur le plateau tibétain, arrive dans la plaine, en y déposant massivement les sédiments entrainés jusque-là. Cela, de plus, gênait fortement la navigation nécessaire pour le déplacement des troupes et leur ravitaillement. Le roi de Qin, Zhaoxing, a demandé en 256 avant J.-C. au gouverneur Li Bing, qu’il avait mis en place depuis une vingtaine d’années, de concevoir un aménagement pour diminuer ces divers inconvénients. Celui-ci a proposé, avec son fils Er Lang, plutôt qu’un barrage, un ensemble remarquable d’ouvrages permettant à la fois de :
- détourner une partie du débit par un canal à creuser de façon à :
- diminuer le débit maximum des crues de la Min localement et en aval,
- profiter du fait qu’on se situe là au point haut de la plaine de Chengdu, très sèche alors, pour l’irriguer, via un réseau à multiples branches, ce qui demandait de ménager un accès, à travers une barre rocheuse, dans les contreforts du Mont Yulei, qui séparait ce site de la plaine plus en aval, laquelle se développe au sud-est,
- mieux gérer les sédiments ;
- améliorer, voire régulariser, les conditions de navigation.
Les principaux composants de cet aménagement sont, de l’amont vers l’aval :
- une île artificielle, dont le bec amont a été dénommé "gueule de poisson" ("fish mouth", en anglais, dans le schéma d’ensemble de la Figure 1) constituée pour créer un deuxième bras (le "flux intérieur"), de la rivière orienté vers le canal de dérivation ;
- des seuils formés avec des gabions constitués de galets enveloppés dans des lames de bambous tressées (Figure 2), disposés à divers niveaux pour diriger vers l’entrée du canal, le goulot de bouteille ("bottle neck", en anglais dans la "figure 1") qui permet :
- hors crue, un débit assez régulier et peu chargé en sédiments (en évitant notamment les sédiments plus grossiers déplacés par charriage) ;
- en crue, d'accepter un débit accru, pouvant atteindre 60 % du débit total maximal grâce à la configuration de l’aménagement et de plus, semble-t-il, à des déversoirs fusibles basculant à partir d’un niveau d’eau amont suffisamment élevé ; ce débit important permet de réduire les aléas d’inondation pour les riverains de la rivière Min mais aussi de provoquer des effets de chasse des sédiments accumulés dans le nouveau bras ainsi que dans le canal de dérivation vers les abords de Chengdu ;
- le canal de dérivation d’une partie des pointes de crue et du débit nécessaire à l’irrigation, dispositif-clé du système, qui a dû être creusé sur une grande profondeur ; cette performance remarquable au regard des moyens techniques disponibles à l'époque a été réalisée grâce à :
- des techniques de creusement à la barre à mine combinées à l’alternance de chauffages et de refroidissements de la roche pour la fracturer,
- la mobilisation d’au moins une dizaine de milliers de personnes pendant 8 ans, mobilisation possible du fait du financement important accordé par le roi Zhaoxing et maintenu après sa mort en 251 avant J.-C..
Après sa mise en service en 246 avant J.-C., l’aménagement a fonctionné quasi sans interruption durable pendant les plus de 2 270 années qui se sont écoulées depuis. Cette longévité exceptionnelle apparait due :
- à son efficacité reconnue de façon continue : les inondations catastrophiques dues aux crues de la Min se sont notablement raréfiées ; la prospérité agricole de la plaine de Chengdu a été assurée par l’irrigation, assurée actuellement sur plus de 6 600 km2 ;
- à sa résilience fondée sur la simplicité et la pertinence des moyens utilisés, la disponibilité locale des matériaux nécessaires aux réparations et la culture d’observation et de compréhension de son fonctionnement, qui ont permis de le remettre en état en moins d’un an après les atteintes subies, qu’elles soient naturelles (crues ou tremblements de terre, comme le 12 mai 2008), et de le faire évoluer au cours des siècles.
Cet aménagement a été inscrit par l’UNESCO sur la liste du patrimoine mondial de l'humanité, conjointement au tout proche mont Qingcheng, berceau du taoïsme : Voir Fiche n° 1001 de l’UNESCO.
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