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Crue de juin 2010 dans le Var : érosion, dépôts et dégâts

De Wikibardig

Sommaire

Résumé

Rapport

Les intempéries du 15 juin 2010 ont fait 25 victimes et des dégâts considérables dans le département du Var, essentiellement dans la partie Est du bassin versant de l'Argens. L'objectif de cette étude est d'inventorier, par analyse stéréoscopique de prises de vues aériennes verticales, les traces hydrosédimentaires (érosions et dépôts) provoquées par les écoulements générées par les intempéries en complément des relevés de terrain (laisses et PHE), pour enrichir le retour d'expérience. Dans un premier temps, la Direction Générale de la Prévention des Risques (DGPR) a commandé une mission aérienne pour obtenir des images numériques avec une résolution de 20 cm et un recouvrement de 60*20. La photo-interprétation a permis de produire des données géomatiques à l'origine des cartes numériques. Cette interprétation a fait l'objet d'une validation et de contrôles des observations. Cette phase a nécessité un contrôle sur le terrain ainsi que le croisement avec des données notamment celles issues d'autres campagnes de prises de vues (obliques, hélicoptères, …). Le rapport final est accompagné de nombreuses données SIG géoréférencées et cartes numériques associées.

Contexte et Méthodologie

Secteur d'étude

Contexte

Le CETE Méditerranée (Département Risques, Eau et Construction / Service Risques Inondations, Littoraux et Hydrauliques) a organisé les prises de vues aériennes (PVA) réalisées par l'IGN entre le 26 et le 30 juin 2010. La Direction Générale de la Prévention des Risques (Service Risques Naturels et Hydrauliques) a commandé ces PVA numériques et les impressions papier à l'IGN par le biais d'une convention dans le cadre de la mission de service public. Alors que la Direction Régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement (DREAL) de Provence Alpes Cote d'Azur a commandé au CETE Méditerranée la diffusion de ces PVA et l'organisation de son exploitation pour les inondations.

Méthodologie

Dans un premier temps, la DGPR a passé une commande centrale pour une mission aérienne suite aux inondations dans le Var compte tenu du montant de la prestation et de l'étendue du territoire à couvrir. Des photographies numériques ont été réalisées. Pour mener cette étape, le DREC du CETE Méditerranée a effectué un appui pour la commande à l'IGN et un suivi de la campagne alors que la réception et la diffusion des photos sont organisées par le Département Conception et Exploitation Durables des Infrastructures (DCEDI) du CETE Méditerranée. Le DCEDI a assuré une Assistance à Maitrise d'Ouvrage pour la définition du cahier des charges, le suivi, la réception et la diffusion des photos. Elles seront utiles pour faciliter la diffusion des photos et géoréférencer toutes les informations recueillies par la DREAL, la DDTM et les bureaux d'études après les intempéries de juin 2010. Le DREC mettra au point la méthode de photo-interprétation (numérique ou optique). Le CETE Méditerranée a proposé l'utilisation du logiciel PoivilliersF de l'IGN afin de réaliser un traitement stéréoscopique des prises de vues aériennes numériques. Le but sera d'obtenir une photo-interprétation des traces d'érosions et de dépôts à rechercher. Le calage de la méthode se fera par des contrôles de terrain. Ceci permettra la production d'une note sur la méthode retenue, sur l'organisation des données géomatiques. La photo-interprétation sera réalisée avec la production des données géomatiques par le CETE Méditerranée pour obtenir une production de cartes numériques.

Zone d'étude

Contexte géologique

La Direction Départementale des Territoires et de la Mer du Var (DDTM83) a demandé au CETE Méditerranée de réaliser cette étude d'analyse des dégâts et érosion sur sur un territoire défini. Il couvre 13 communes qui ont été touchées à différents degrés par la crue du 15 et 16 juin 2010.

Une description du bassin versant hydrogéologique de l'Argens et la Nartuby est nécessaire pour comprendre le fonctionnement de ces deux cours d'eau. L’Argens, sous l’influence d’un climat méditerranéen, est un cours d’eau à régime pluvial méditerranéen soutenu par des apports karstiques. Le bassin versant de l’Argens couvre près de la moitié du département du Var. Comme bon nombre de rivières proches de la Méditerranée, le régime de ses eaux est très contrasté, entre des périodes d’étiage parfois longues et des crues brusques et parfois violentes. Les plus fortes précipitations ont lieu au mois de novembre alors que les hautes eaux ont plutôt lieu en janvier soulignant ainsi l’effet tampon des karsts du bassin. Le contexte géologique (Thiébaud, 2011), montre que le substratum du département du Var est constitué de 4 grands ensembles avec :

  • La Provence primaire, constituée par le socle ancien (granite, gneiss, micaschistes et même roches volcaniques dans le massif de l'Estérel) et sa couverture permienne (grès et pélites). L'ensemble est affecté par une tectonique hercynienne (bombement SW-NE et failles N-S) à laquelle se superposent les failles E-W apparues ultérieurement.
  • La Provence triasique, constituée par des séries gréseuses et pélitiques (Trias inférieur : Bundsandstein) puis de marnes à lentilles gypseuses et dolomitiques (Trias moyen : Muschelkalk et supérieur : Keuper), impliquées dans des structures complexes de plis chevauchant.
  • La Provence calcaire, constituée par les séries carbonatées (calcaires et marnes) du Jurassique, du Crétacé et du Tertiaire, affectées par les phases tectoniques pyrénéenne (plissement W-E et failles N-S) et alpine (plissement SW-NE et failles W-E).
  • Le plateau de Valensole, constitué de conglomérats et grès, correspondant à un vaste cône de déjection fluvio-glaciaire, mis en place durant le Tertiaire et le Quaternaire. L'Argens traverse la Provence calcaire à l'amont, puis la Provence triasique juste avant sa confluence avec la Nartuby et enfin la Provence primaire dans sa partie aval.

L’Argens est à cheval entre les formations de la Provence calcaire qui occupe les trois-quarts du bassin versant du fleuve, et la Provence cristalline, à l’Est, formée par le massif des Maures et de l’Estérel. Dans la basse vallée, les alluvions transportées puis déposées par le fleuve au fil des siècles renferment une nappe phréatique puissante où se confrontent eau douce et eau de mer. Le bassin versant de l’Argens est marqué par trois particularités géologiques :

  • l’abondance des massifs calcaires fissurés qui sont le domaine de prédilection des spéléologues. Sur ces secteurs, les précipitations s’infiltrent par les fissures plus ou moins grosses de la roche et alimentent des réservoirs naturels souterrains très riches en eau, les aquifères karstiques.
  • l’influence du gypse, roche très soluble qui entraîne une forte minéralisation de l’eau. L’Eau Salée, la rivière qui descend de Barjols et rejoint l’Argens à Châteauvert, lui doit son nom. • l’influence des versants nord du massif des Maures, formations cristallines très imperméables associées à une forte densité de ruisseaux et rivières, favorise le ruissellement des eaux de pluie. Ces formations renferment peu de ressources souterraines. L’origine des sources salées de l’Argens, eaux très riches en sels minéraux sont le résultat de la dissolution du gypse.
Profils longitudinaux

Les travertins (appelés également tufs), localisés sur les parties calcaires du bassin versant de l’Argens, sont des concrétions calcaires (formées il y a environ 10 000 ans) déposées par les cours d’eau saturés en bicarbonate de calcium. Ils forment une succession de seuils naturels qui ordonne le profil en long de la rivière. Les formations cristallines composées de gneiss, granites, micaschistes sont les secteurs privilégiés des cours d’eau temporaires caractérisés par des crues rapides et violentes. Dans le sous-sol, l’eau de pluie se stocke dans les aquifères. L’essentiel de l’eau du sous-sol du bassin versant de l’Argens est stocké dans deux types d’aquifères : les karsts de la Provence calcaire et les alluvions de la basse vallée. Les réserves d’eau souterraine sont très faibles dans les massifs des Maures et de l’Estérel. Les aquifères participent à l’alimentation du réseau hydrographique de surface. En période de sécheresse, certaines rivières du bassin versant, le Haut Argens, l’Issole,… peuvent se perdre dans le calcaire et réapparaître après un parcours plus ou moins long. La réserve karstique de la source de l’Argens a été estimée à 5 millions de m3. Il existe de nombreuses sources dans le lit même de la rivière et parfois à plusieurs dizaines de kilomètres en aval de la source principale.

En terme d'hydrologie, l’Argens, sous l’influence d’un climat méditerranéen, est un cours d’eau à régime pluvial méditerranéen soutenu par des apports karstiques. Comme bon nombre de rivières proches de la méditerranée, le régime de ses eaux est très contrasté, entre des périodes d’étiage parfois longues et des crues brusques et parfois violentes. Les plus fortes précipitations ont lieu au mois de novembre alors que les hautes eaux ont plutôt lieu en janvier soulignant ainsi l’effet tampon des karsts du bassin.

L’Argens montre des pentes moyennes (Masurel, 1964) de l'ordre de 0,21 % (dont 0,30 % en Provence calcaire, 0,19 % dans la première traversée de la dépression permienne, environ 0,7 % à partir de l’entrée dans le massif cristallin et jusqu’à proximité du golfe de Fréjus). Les profils longitudinaux des réseaux de l'Argens montrent que le fléchissement de pente se produit un peu en amont de l’entrée dans le massif des Maures.

Crue de juin 2010

Cumul des pluies
Période de retour

Les intempéries du 15 et 16 juin 2010 touchant la Dracénie dans le département du Var ont essentiellement entrainé des débordements des cours d'eau et des dégâts importants sur de grandes superficies. L'extension du phénomène météorologique (figure : Cumuls des pluies) montre les hauteurs de précipitations (en mm) en un jour (du 15 Juin 2010 à 6 h UTC au 16 Juin à 6 h UTC). Les précipitations les plus importantes se sont concentrées sur le secteur des Arcs et de Draguignan avec des maximums atteignant 456 mm près de Lorgues.


Dans la note du 15 septembre 2010 sur l'estimation de la période de retour de la crue du 15 juin 2010 aux alentours de Draguignan (Lang et al., 2010), le CEMAGREF met en évidence plusieurs secteurs avec des périodes de retour différentes et des débits sur 5 cours d'eau impactés par la crue de juin 2010. Il a ensuite été chargé d’estimer la période de retour associée à ces différents débits, de façon à déterminer les cours d’eau pour lesquels l’événement de 2010 a été plus fort que la crue centennale. Le travail s'est appuyé sur une analyse aux stations hydrométriques, en s’appuyant sur les chroniques de débit disponibles (stations HYDRO) et sur l’analyse aux autres points, en s’appuyant sur une méthode régionale (méthode SHYREG).

La conclusion de cette note montre que sur l’Argens, la période de retour de la crue du 15 juin 2010 est inférieure à 100 ans sur l’amont du bassin, de l’ordre de 100 ans au niveau des Arcs, puis de l’ordre de 250 ans à l’aval. Alors que sur la Nartuby et l’Aille, la période de retour est de l’ordre de 500 ans. C'est sur la Florieye que la crue est la plus exceptionnelle avec une période de retour probablement au-delà de 500 ans.

Inventaire cartographique des enjeux et des désordres

L’objectif de la mission est d’analyser et de comprendre la crue de juin 2010, de faire l’inventaire des dégâts et des manifestations hydrodynamiques. Pour ce, plusieurs cartes ont été créées et analysées au sein d’un système d’information géographique. La mise en place d’un SIG dans le cadre d’une telle étude présente plusieurs avantages :

  • l’intégration des données existantes recueillies auprès des différents services de l’État (atlas hydrogéomorphologique, dégâts identifiés en première urgence, plus hautes eaux relevées …),
  • la réalisation de croisements entre l’hydrodynamisme, les dégâts et les enjeux,
  • l’inventaire des dégâts par entités géographiques.

Dans un premier temps, trois séries de cartes ont été réalisées :

  • la zone inondable par approche hydrogéomorphologique,
  • les enjeux dans l’emprise de cette zone (enjeux humains et agricoles),
  • les dégâts et les manifestations hydrodynamiques liées à la crue de juin 2010.

Atlas des Zones Inondables de la DREAL PACA

Limite de la zone inondable par HGM

Les Atlas des Zones Inondables sont des documents de connaissance des phénomènes d’inondations susceptibles de se produire par débordement de cours d’eau. La méthode utilisée pour délimiter les zones inondables est la méthode dite "hydrogéomorphologique" qui étudie le fonctionnement naturel des cours d'eau en analysant la structure des vallées (Masson et al., 1996)). Les espaces identifiés sont potentiellement inondables, en l'état naturel du cours d'eau, avec des intensités plus ou moins importantes suivant le type de zone décrite. La méthode employée pour la délimitation des zones inondables, la méthode hydrogéomorphologique, décrit de manière qualitative le fonctionnement naturel de la plaine alluviale fonctionnelle des cours d’eau. Mais elle ne permet pas de quantifier précisément les hauteurs et vitesses d’écoulement dans la zone inondable, ni l’impact des ouvrages et remblais anthropiques sur la zone inondable (surcotes, accélération locale des vitesses d’écoulements, etc…). Cinq tables ont été créées pour décrire ces Atlas :
1 : la table « AZI » correspond à des objets surfaciques. Dans ces secteurs, les différentes unités hydrogéomorphologiques de la zone inondable sont représentées et numérisées : lit mineur, lit moyen, lit majeur, lit majeur exceptionnel, cônes de déjection, zone de ruissellements sur piémont, zone de suspicion de débordement sur terrasse. Ces structures sont représentées dans la table « AZI ». L’approche hydrogéomorphologique permet de distinguer les structures morphologiques, correspondant chacune à une gamme de crues :

  • lit mineur (L1), incluant le lit d’étiage,
  • lit moyen (L2), fonctionnel par les crues fréquentes,
  • lit majeur (L3), fonctionnel pour les crues rares à exceptionnelles.

2 : la table « AXES_ECOULEMENT » (objets linéaires orientés) représente les axes préférentiels d’écoulement
3 : la table « GLACIS_CONES » (objets polylignes) fournit les surfaces planes en légère pente permettant l'écoulement des eaux
4 : la table « TRAVERTINS » (objets surfaciques) donne les barrages de travertins (roches sédimentaires qui se forment à l'émergence des sources) et zones de ruissellement en aval des barrages de travertins
5 : la table « LIMITES_ETUDES_AZI » (objets linéaires) correspond aux limites des tronçons de cours d’eau étudiés.
La fusion de ces cinq tables fournit la figure ci-contre.

Cartographie des enjeux et de l’urbanisation

Tableau des enjeux

Une cartographie de l’occupation des sols sur les 13 communes a été réalisée pour évaluer leur importance relative et déterminer par la suite un degré de dangerosité en effectuant les croisements avec l’hydrodynamisme de la crue. La carte des enjeux a été réalisée à partir des photos aériennes de la mission IGN et de nombreuses données SIG. Les photos ont été examinées et les enjeux ont été cartographiés directement sous SIG. Les aspects suivants ont été pris en compte :

  • unités urbaines (centres ancien, extensions urbaines denses et habitat isolé),
  • les zones d’activité économique et industrielle, les équipements sensibles (stations d’épuration et de pompage) et campings,
  • les ouvrages et équipements jouant un rôle dans le fonctionnement hydraulique des cours d’eau (ouvrages d’art, gués, seuils, digues, remblais d’infrastructures, protections de berges, canaux…),
  • les différentes unités agricoles (vignes, maraîchages et vergers, cultures de plein champs…), les serres et les caves coopératives,
  • la ripisylve et les friches, forêts et autres espaces indifférenciés.

Malgré une reconnaissance fine pour minimiser les oublis d’éléments ponctuels (habitats isolés par exemple) le niveau de précision fourni par les cartes est essentiellement lié à l’échelle du document support (soit la carte IGN au 1/25 000, agrandie localement au 1/10 000). Plusieurs bases de données ont été utilisées afin de récupérer les informations déjà existantes sur le territoire d'étude, à savoir :

  • BD-Topo_2011 contient quatre composantes cohérentes entre elles, déclinées en produits par l’IGN (Image, Topographique, Parcellaire et Adresse). La composante topographique du RGE, la BDTOPO®, est la modélisation 3D du territoire et de ses infrastructures.
  • OccSol_2006 est la cartographie de l'occupation des sols de la région PACA, réalisée par traitement d'images satellitaires de 2006, d'après la nomenclature européenne CORINE Land Cover, adaptée aux spécificités régionales.
  • BDERU est la base de données des Eaux Résiduaires Urbaines. C'est un outil de suivi de l’assainissement car la Directive Européenne Eaux Résiduaires Urbaines impose la collecte et le traitement des eaux usées des villes et la mise en conformité des réseaux d’assainissement et des stations d’épuration.
  • AZI DREAL PACA décrit précédemment


Cartographie des dégâts liés a la crue et des manifestations hydrodynamiques

La cartographie des dégâts et des manifestations hydrodynamiques a été réalisée en deux phases principales ; une analyse stéréoscopique de la mission aérienne de l’IGN du 26 au 30 juin 2010 et une campagne d’investigations de terrain au cours de laquelle les linéaires des cours d’eau ont été parcourus à pied. La photo-interprétation a été effectuée à l’aide d’un stéréoscope grande précision (travail à l’échelle 1/3000). Les informations ont été cartographiées à la main sur des planches terrain au 1/25 000, ensuite elles ont été modifiées, complétées et validées pendant la phase terrain. Les campagnes de terrain ont été effectuées par des équipes pluridisciplinaires (ingénieurs hydrauliciens et spécialistes de l’aménagement et restauration des cours d’eau) qui ont parcouru l’ensemble des linaires des cours d’eau. Différentes catégories de manifestations hydrodynamiques et de dégâts apparaissent :

  • en lit mineur : les embâcles, les atterrissements et les surcreusements,
  • en bordure du cours d’eau : la destruction de la ripisylve, les érosions de berges, la déstabilisation de protections de berges, les points de sortie et de retour des trajectoires de crue,
  • en lit moyen et majeur : les jets de rives, les trajectoires de crue fréquentes ou exceptionnelles,
  • sur les installations anthropiques : les habitats et zones d’activités inondés, les dégâts sur ouvrages (ponts, seuils, gués, remblais d’infrastructures, ruptures de digues, dégradations de voirie…), les dommages sur les stations de pompage et d’épuration.

Le Conseil Général du Var a lancé une campagne de prises de vue obliques suite à la crue de juin 2010. Les photographies ont été réalisées à partir d'une hélicoptère du 21 au 24 juin. De nombreuses photos ont pu être repérées par le CETE Méditerranée et reportées sur les photographies verticales issues de la mission IGN. Nous avons pu créer une table avec lien Hotlink sous Mapinfo intitulée «ReperePhotoHelico.TAB». Elle reprend les photographies qui ont pu être correctement calées.


Analyse stéréoscopique numérique et Prises de vue aériennes

Un des objectifs de cette étude était de tester les méthodes d'analyse stéréoscopique numérique. Jusqu'à ce jour, la méthode classique d'analyse des photographies aériennes est l'utilisation d'un stéréoscope à miroirs sur des photographies papier. De plus en plus, les photographies fournies sont au format numériques. Nous avons testé un logiciel développé par l'Institut Géographique National (IGN) : le logiciel Poivilliers F. Il permet réaliser une interprétation stéréoscopique assistée d'un ordinateur. Mais pour travailler sur ce couple de photographies, il faut d'abord les caler entre elles. Ce travail de calage doit être répété pour chaque couple de photographies. Compte tenu du nombre de photographies à analyser, nous avons choisi de les traiter avec la méthode classique.

Dans le cadre d'un Retour d'EXpériences (REX) des intempéries de juin 2010 dans le département du Var, le CETE Méditerranée a assuré une mission d'appui technique de la DREAL PACA. Et en accord avec la DGPR/SRNH, il a été souhaité que soit réalisée par l'IGN dans les meilleurs délais une campagne de Prises de Vues Aériennes (PVA) des zones impactées par les intempéries. Le CETE Méditerranée a engagé les démarches afin de réaliser les PVA au plus tôt après l'évènement.
Le CETE Méditerranée a souhaite les spécifications suivantes :

  • PVA numérique à 20 cm avec recouvrement de 60*20 dans la plage hauteur solaire <20°,
  • caractère d'urgence pour acquérir des photographies portant encore les traces des inondations (érosions, dépôts, dégâts) et des mouvements de terrain (coulées de boues, glissements),
  • livraison des images acquises images RVB , images IR et images Panchromatique sur disque dur externe ou baie de stockage suivant le volume des données,
  • livraison des données de trajectographie ainsi que les données inertielles acquises pendant le vol.
  • livraison des PVA au format papier à l'échelle du 1/10.000 (dimension d'environ 34cm *22cm).

Cette mission IGN s'est déroulée du 26 au 30 juin 2010. Elle comporte 27 axes de vol pour la réalisation de 1557 clichés. L'IGN a fourni l'ensemble de ces PVA au format numérique pour trois types d'images (images RVB , images IR et images Panchromatique). PhaeRVB FR9154 491.jpg PhaeIR FR9154 491.jpg PhaePAN FR9154 491.jpg

Synthèse des dégâts par sous-bassins

*Bassin versant de l'Argens
Jusqu'à sa confluence avec la Florièye, l'Argens n'a pas causé trop de dommages sur le milieu naturel. Après cette confluence et jusqu'à la rivière Blavet, la ripisylve a été touchée sur presque la totalité de son linéaire, notamment du fait que l'Argens passe dans des gorges. C'est un rétrécissement naturel qui entraîne une augmentation des vitesses d’écoulement. Entre ces deux mêmes cours d'eau, les rives gauche et droite de l'Argens ont aussi été touchées. Les dégâts les plus importants sur les berges se situent avant et après le pont de la Provençale qui enjambe l'Argens aux Arcs ainsi que dans les gorges des Arcs et du Muy. A l'entrée des gorges, le pont de Tournavelle a subi des dommages. En aval du lac de l'Arèna et jusqu'à la mer, l'eau s'est étendue lors de la crue sur la largeur de la plaine alluviale de l'Argens, réduisant de ce fait son débit. Ainsi, les dégâts occasionnés sur le milieu ont été moindre. La ripisylve a été couchée sur de petits secteurs et les berges se sont effondrées sur certains secteurs, comme par exemple à la Barque de Fréjus ou à la Madeleine. C'est encore à Fréjus, entre les Croix et l'Iscle, qu'un champ s'est creusé sous l'action de l'eau.

*Bassin versant de la Nartuby
En amont, La Nartuby passe par les gorges de la commune de Châteaudouble. Dans ce secteur, la ripisylve a été dégradée et les berges lessivées. Suite au passage de la crue, plusieurs éboulements se sont produits dans les gorges et deux d'entre eux ont entraîné une déstabilisation et une destruction partielle de la chaussée de la D955 au niveau de la Baume de St-Jean. A la sortie des gorges et à la Granegone, les berges ont été érodées et la Nartuby a coupé son bras naturel. Les flots ont endommagé 4 ponts : un dans les gorges à Rebouillon et 3 autres à Draguignan dans la zone commerciale et industrielle de Salamandrier et des Incapis. Cette zone étant étroite la ripisylve a aussi été touchée dans ce secteur. Entre Trans-en-Provence et La Motte, plusieurs parties de berge sont parties avec la crue. De même, entre La Motte et Le Muy les rives gauche et droite, ainsi que la ripisylve, ont subi des érosions importantes.

*Bassin versant de l'Aille
Les dégâts causés sur le milieu naturel par l'Aille dans notre secteur d'étude concernent surtout la ripisylve. Elle a été très endommagée dans la partie aval du bassin versant, là où le cours d'eau traverse la forêt domaniale des Arcs et où la vallée se resserre. La rive gauche du méandre de la Serre du Lambert est la rive concave, elle est donc plus vulnérable à l'érosion que la rive opposée. Ceci a été observéclors de la crue car une partie de cette rive gauche a été emportée. Les arbres et matériaux ainsi transportés par l'Aille ont créé un embâcle encore présents plusieurs jours après la crue au niveau du pont de l'Aille, à la confluence avec l'Argens. Plus en amont, après le pont de la D48 une partie des Prés d'Aille a été creusé par le passage de l'eau. De plus, le cours d'eau est sorti de son lit mineur au Gourg du Baron pour couper le méandre et emprunter un ancien tracé. A cet endroit-là la puissance de l'eau a érodé le sol et la ripisylve a subi des dommages.

*Bassin versant de la Florièye
La Florièye traverse en partie la commune de Lorgues. C'est La Florieye qui a été la plus touchée par les évènements pluvio-orageux de juin 2010. On y a en effet enregistré un cumul de pluie en 24h de 456 mm. C'est le maximum atteint lors de notre épisode. De ce fait, les dégâts occasionnés sur le milieu ont été nombreux sur les communes de Lorgues et de Taradeau. La Florièye a recoupé son méandre au niveau de St-Barthélémy en lessivant toute la rive gauche et en dégradant la ripisylve. Cette dernière a par ailleurs été également dégradée sur plusieurs autres secteurs, comme par exemple au Paroir, en aval du pont de la D562 et sur la plaine alluviale de l'Argens à Taradeau. Les berges du cours d'eau ont subi elles aussi de nombreux dégâts. Des parties plus ou moins importantes des berges ont été emportées par le courant : en amont et en aval du lieu-dit St Barthélémy, au niveau des Pailles à Lorgues, dans les gorges de Gayepan et en aval du centre de Taradeau. Les inondations ont touché les infrastructures. En effet, les serres situées entre les Pailles et la Mascaroune ont été fortement touchées. De plus, le pont de la D10 à Taradeau a été détruit par les flots, coupant la route. Le gué proche de la Lombarde a été détruit également. La Florièye a transporté de nombreux matériaux lors de la crue mais une partie s'est déposée là où le débit diminuait. C'est le cas par exemple au nord des Pailles, un terrain de tennis a été complètement recouvert de sédiments.

*Bassin versant de l'Endre et de la Tuilière
Ces deux cours d'eau se situent sur une secteur assez touché par les intempéries de juin 2010 mais les dégâts sur le milieu naturel n'ont pas été très importants. Un champ en aval de Figanières a été lessivé et plusieurs portions de berges ont été érodées entre Figanières et la départementale 562 en aval de St-Esprit. Pour l'Endre, nous ne prenons en compte que sa partie aval, après la confluence avec la Tuilière. Au nord de la commune de La Motte, à l'ouest de la forêt domaniale de la Colle du Rouet, la ripisylve a été atteinte sur des secteurs réduits. Juste en amont du pont d'Endre de la D47, les berges ont été déstructurées en rive droite comme en rive gauche et une partie de la ripisylve a été emportée. Enfin des sols ont été lessivés au niveau de la confluence avec l'Argens entre la Nationale 7 et l'Endre

*Bassin versant du Reyran
Le bassin versant du Reyran n'a été que très peu touché par les fortes précipitations et de ce fait les dégâts sont peu nombreux. De plus, du péage de Fréjus jusqu'à la mer le cours d'eau est chenalisé ce qui a diminué l'impact sur le milieu.

*Bassin versant du Blavet
Le bassin versant du Blavet a été peu touché par les précipitations qui ont eu lieu les 15 et 16 juin 2010. De ce fait, les dégâts sont très limités et se trouvent uniquement à son extrémité aval, peu avant sa confluence avec l'Argens. Au sud de la voie ferrée, un champ bordant le Blavet a été érodé et quelques axes de débordement sont situés en aval. Cependant ces dégâts sont dus plus probablement au débordement de l'Argens plutôt qu'au Blavet.

*Bassin versant du Couloubrier et du Marri
Sur notre secteur d'étude, le Couloubrier et le Marri traversent principalement des milieux vallonnés étroits et peu anthropisés. Pour le Marri comme pour le Couloubrier les dégâts touchent la ripisylve. Elle a été couchée voire arrachée principalement dans quelques courbes de ces deux cours d'eau. Sur le Couloubrier, au niveau de l'Escaillon, l'eau a creusé les bords de berge et se trouve toute proche de la départementale D25 qui est en contre-haut du cours d'eau. Sur le Marri et en aval de la confluence avec le Couloubrier, le lit mineur et les berges ont été raclés et lessivés par le débit de l'eau. Enfin, le gué se situant près des Canebières sur la commune du Muy a été détruit.

*Bassin versant du Réal
Les précipitations de l'évènement du 15 et 16 juin 2010 ont fortement touché le bassin versant du Réal sans faire de dégâts trop importants. Les débordements du cours d'eau ont causés des dommages principalement sur les champs avec quelques érosions, notamment en amont des Selves de Potrier et à la sortie du centre des Arcs. Le pied du talus de la route a été endommagé au niveau du pont de la D57 qui enjambe le Réal aux Clarètes. Le pont était en charge lors de l'évènement de juin et l'eau a surversé en passant par la route et a, de ce fait, érodé les fondements qui sont en aval du pont. A l'arrivée du Réal dans le centre des Arcs, trois embâcles ont été localisés sur nos photographies aériennes. Les terrains de sports se trouvant près de la gare et du collège ont été recouverts de dépôts fins lorsque l'eau s'est retirée. L'accumulation d'eau au pont Rout a créé une dégradation de la ripisylve en amont du pont et une anse d'érosion que l'on peut observer en rive gauche en aval

Production des cartes : AZI, Enjeux et Dégâts

Légende des cartes

CarteLegende.jpg

Exemple de la Nartuby

Nartuby BV.jpg Nartuby Carte1.jpg Nartuby Carte2.jpg Nartuby Carte3.jpg

Bibliographie

  • 2012, Esposito C., CETE Méditerranée - Inondations de Juin 2010 dans le Var - Analyse des photographies aériennes numériques et Inventaire cartographique des érosions, des dépôts et dégâts, 134 p.
  • 2012, Esposito C., CETE Méditerranée - Crue du 15 et 16 juin 2010 - Comparaison des limites des zones inondables connues avec les limites des zones inondées, 129 p.
  • 2011, Thiébaud E, CETE Méditerranée - Évaluation de la contribution du karst aux crues de l'Argens et la Nartuby – Retour d'Expérience Var – Évènements de Juin 2010. Volet 1 : Identification des secteurs

karstiques favorables à la contribution aux crues des cours d'eau, 47 p.

  • 2010, Lang M., Javelle P., Aubert Y. - Estimation de la période de retour de la crue du 15 juin 2010 aux alentours de Draguignan, Note du 15 septembre 2010.
  • 1996, Masson M., Garry G., Ballais J.-L. - Cartographie des zones inondables – approche hydrogéomorphologique.
  • 1964, Masurel Y. - La Provence cristalline et ses enveloppes sédimentaires. Essai de géographie physique. Thèse doctorat ès-Lettres, Paris, 418 p.


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