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L'érosion et l'accrétion côtières en Europe

De Wikibardig
Site internet du RFRC : Réseau Français de Recherche Côtière

Sommaire

Pourquoi mesurer l'érosion et l'accrétion côtières ?

L'indicateur d'érosion et d'accrétion côtières mesure les changements dans la dynamique du trait de côte, ainsi que les efforts réalisés pour empêcher ces phénomènes ou réduire leurs impacts. Une surveillance détaillée de ces changements est très importante, surtout lorsqu'on prend en compte l'augmentation de leur fréquence attendue pendant le siècle à venir à cause du changement climatique. L'information sur les changements actuels peut aider à prédire les évolutions futures et à préparer des politiques d'adaptation adéquates contre les effets du changement climatique.

L'érosion côtière et les phénomènes d'inondation et de glissement de terrain qui y sont liés génèrent des coûts économiques, environnementaux et sociaux très élevés. Pour éviter d'avoir à les supporter, il est nécessaire de disposer d'informations détaillées sur les impacts réels dans le passé et le présent.

L'indicateur utilisé dans cet article est l'un des 3 indicateurs proposés par le projet Deduce pour mesurer l'efficacité des politiques menées dans le but d'atteindre l'objectif de la recommandation européenne sur l'implémentation de la GIZC : la détermination des menaces que le changement climatique fait peser sur les zones côtières et la mise en place de mesures de protection appropriées et écologiquement responsables.

Les phénomènes d'érosion et d'accrétion côtières en Europe

Carte des côtes européennes (source : EEA)

L'érosion côtière est due à la fois à des processus naturels et à l'activité humaine. Les processus naturels qui ont la plus grande influence sont : le climat maritime (principalement les tempêtes), la géologie et la morphologie du littoral, et plus récemment le changement climatique (montée du niveau de la mer et changement de la fréquence et de l'intensité des tempêtes). Les activités humaines en cause incluent les transports de sédiments dans les rivières, et les ouvrages côtiers : les ports, les défenses côtières, le rechargement des plages, les infrastructures urbaines en zones côtières.

Les processus naturels

Typologie des côtes européennes

Le projet Eurosion a classé 70% des côtes européennes selon les processus sédimentaires qui s'y déroulent. Environ 20% des côtes sont affectées par l'érosion, et sur 13% les processus d'accumulation prédominent. La mer Baltique est la seule mer européenne où la proportion de côtes à accumulation est supérieure à celle des côtes soumises à l'érosion.

Typologie des côtes européennes, échelle nationale

Les conclusions qui peuvent être tirées de ces indicateurs à l'échelle continentale ne doivent pas masquer les différences locales. L'évaluation des surfaces soumises à l'érosion montre ainsi que le phénomène est plus marqué dans certaines régions comme la Pologne, la Lettonie, la Catalogne, qu'en moyenne à l'échelle européenne. Il faut aussi noter que, bien que les zones voisines de la mer Baltiques soient les moins sujettes à l'érosion, tous ces problèmes sont localisés sur les côtes polonaises et lettoniennes, où respectivement 47% et 33% des côtes sont soumises à une érosion conséquente.

L'activité humaine

Une partie significative des côtes européennes est artificialisée : 3,4% par les ports, et 1,8% par diverses structures de protection. Ainsi, plus de 5% des côtes européennes sont protégées et défendues contre l'érosion par des ouvrages "en dur".

Proportion des plages artificielles dans quelques pays européens

Le niveau de protection varie fortement selon la côte et le pays. Selon le projet Eurosion, dans plus de 21 régions européennes (niveau administratif 3), les côtes artificielles occupent une surface plus importante que les côtes naturelles. Celles-ci sont surtout présentes autour de la mer du Nord : c'est en Belgique (42%) et aux Pays-Bas (57%) que l'on trouve les plus fortes proportions de côtes artificialisées en Europe. Cela provient du fait que ces pays, de taille plutôt réduite et dont l'altitude est proche du niveau de la mer, ont dû gagner de larges surfaces en repoussant la mer pour permettre leur expansion. En outre, leurs zones portuaires ont une dimension européenne, voire mondiale, et recouvrent des surfaces de territoire immenses.

En France, une grande partie des côtes sont protégées / artificialisées : 9% par des ports et 3,7% par des structures côtières de protection. Les ports sont essentiellement présents sur les côtes de la mer du Nord, tandis que les ouvrages de protection dominent sur les côtes méditerranéennes.

Un autre procédé de défense des plages contre l'érosion est le rechargement. Cette technique d'ingénierie "douce" est devenue la plus courante dans la plupart des pays européens. Le rechargement est pratiqué essentiellement sur les côtes de Belgique (22,1% des plages sont rechargées), des Pays-Bas (10,7%), et de Pologne (7,1%).

Dans d'autres pays comme l'Espagne, le rechargement est utilisé, mais dans des cas plus locaux. Des analyses plus fines dans le temps montrent que les quantités de rechargement varient beaucoup selon les années. Deux raisons peuvent expliquer ces observations :

  • dans certaines régions, comme la Catalogne, le volume des rechargements dépend directement des effets des événements côtiers (tempêtes) ;
  • plus fréquemment, les opérations de rechargement sont autorisées par une décision publique. Il s'agit d'affecter du budget à un projet dont les résultats semblent n'avoir des conséquences qu'à court terme. Les gouvernements peuvent remettre en question la pertinence de ces actions, ou au contraire décider de les inscrire dans des projets sur une longue échéance.

Conséquences pour l'action publique

L'une des attitudes possibles face à l'érosion côtière est de ne rien faire, et donc de laisser les phénomènes d'érosion et d'accrétion se produire sans chercher à les freiner. Cependant, compte tenu de l'évolution de l'urbanisation des zones côtières, et des vulnérabilités économiques et sociales qu'elles abritent (infrastructures urbaines telles que les bâtiments, les réseaux routiers et ferrés, les cultures agricoles et les plages), il semble nécessaire d'intervenir pour réduire les effets de l'érosion côtière. La défense des côtes est devenu un sujet de préoccupation majeure des décideurs publics en zones côtières ces dernières années. Dans certains cas, l'attitude adoptée est le retrait stratégique, c'est-à-dire le déplacement des biens en danger.

L'érosion côtière peut être limitée par des réponses directes qui s'attaquent à ses causes - les flux sédimentaires - ou à ses conséquences. Bien que des réponses temporaires soient indispensables, une politique de gestion des sédiments bien appropriée doit être mise en place. La gestion de la zone côtière doit prendre en compte l'impact de l'activité humaine sur l'érosion côtière, mais aussi les tendances naturelles d'érosion et d'accrétion et leur évolution dans le temps en lien avec le changement climatique.

L'importance du tourisme côtier dans un pays implique par ailleurs un intérêt marqué pour la gestion des plages. La méthode de défense la plus facile à mettre en place, la plus rapide, et la plus écologique est sans aucun doute le rechargement. Néanmoins, cette action doit être répétée régulièrement, à des intervalles de temps dépendant du lieu et de l'intensité du transport de sédiments. Les données actuelles sur la quantité de plages rechargées indique que ce procédé est devenu un moyen important de mitigation de l'érosion côtière.

La construction d'ouvrages de protection "en dur" peut être nécessaire, mais ceux-ci sont généralement très chers et provoquent des effets secondaires indésirables directement devant la structure, ou sur une grande longueur de côtes voisines. Ajoutés aux ports, ils contribuent à augmenter la proportion des côtes artificialisées, situation qui n'est pas souhaitable dans le cadre d'un conflit entre défense des côtes et protection de la nature.

Les ports modifient aussi le flux naturel des sédiments qui est responsable de la forme actuelle des côtes. Les structures portuaires génèrent de nouvelles zones d'érosion et d'accrétion. Les digues jouent le rôle de barrières pour les sédiments et peuvent contraindre le flux à s'éloigner des côtes. L'aménagement portuaire doit donc prendre en compte l'influence de ces structures sur la dynamique sédimentaire et tous les projets de construction d'un nouvel ouvrage doivent inclure des mesures de protection et de mitigation des impacts de l'érosion.

Dans certaines régions, comme la Flandre, une politique de protection globale a été établie sur l'ensemble de la côte. Dans d'autres comme en Lettonie, il n'y a pratiquement pas d'intervention de l'administration, mais une nouvelle politique de protection des côtes a dû être développée à la lumière des scénarios climatiques. Une révision de cette politique par la suite a permis de dépasser son caractère réactif et l'a conduite à intégrer des aspects pro-actifs.

Conclusions

  • Tous les pays côtiers membres de l'Union Européenne sont confrontés à des problèmes d'érosion côtière. Plus de 20% des côtes européennes sont touchées. Ces problèmes pourraient s'accroître dans le futur en raison du changement climatique.
  • Depuis très longtemps, des moyens de protection sont mis en place pour défendre le trait de côte et faire face à l'érosion côtière. Le lieu de ces efforts de défense reflète les zones où sont rencontrés les problèmes les plus graves et prennent en considération la dimension économique du phénomène.
  • Une bonne connaissance des impacts présents et passés de l'érosion, obtenue grâce à une surveillance appropriée des zones côtières, doit permettre une meilleure gestion du littoral et une protection durable du trait de côte.

Références

  • Deduce : projet européen sur le développement durable des zones côtières


Le créateur de cet article est François Hissel
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