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L'eau dans les écoquartiers : enseignements de l'appel à projets de 2011

De Wikibardig

Sommaire

Présentation des nouvelles modalités relatives à l’eau

Depuis le premier appel à projets en 2009, les modalités de l’appel à projet Écoquartier 2011 ont évolué pour laisser place à une démarche plus transversale regroupée sous quatre dimensions :

  • démarche et processus,
  • cadre de vie et usages,
  • développement territorial,
  • préservation des ressources et adaptation au changement climatique.

C’est dans cette dernière que la thématique de l’eau est intégrée, et plus particulièrement dans l’ambition 18 intitulée « Assurer une gestion qualitative et économe des ressources en eau ». Cette dimension, plus sectorielle et liée à la performance écologique, a pour vocation à montrer soit la performance, soit l’excellence ou encore l’innovation tant sociétale que technique.

Un point important est de rappeler les attentes du palmarès dans la catégorie « performances écologiques » mention gestion de l’eau. Il est question de valoriser les opérations d’aménagement ayant une logique de sobriété à l’égard de la ressource telles que les actions favorables à l’économie de l’eau potable. Bien évidemment, une gestion intégrée des eaux pluviales est recherchée et si possible une valorisation des liens occasionnés entre gestion de l’eau, biodiversité et cadre de vie, que ce soit à l’échelle des espaces publics ou privés.

Cet article regroupe les premiers enseignements de l’appel à projets EcoQuartier 2011 sur la thématique de l’eau. Les premiers retours sont établis sur la base d’un échantillonnage de 11 dossiers remarqués par les experts au cours de l’analyse de l'ensemble des projets. On y constate une évolution de la prise en compte de l’eau plus diversifiée, donnant une sensation d’approche plus transversale ou plus globale à l’égard de ce thème.

Liste des dossiers examinés

Toitures végétalisées de l’Écoquartier Andromède à Blagnac (CEREMA/A.M. Trincat)
  • Quartier de l’horlogerie (Béthune),
  • Cœur de ville (Blagnac),
  • Seguin Rives de Seine (Boulogne Billancourt),
  • Fort d’Issy (Issy-les-Moulineaux),
  • NouveauMons (Mons-en-Bareuil),
  • Parc Marianne (Montpellier),
  • Hoche-Sernam (Nîmes),
  • Les Docks de Ris (Ris Orangis),
  • Cap Azur (Roquebrune Cap-Martin),
  • Rouen-Luciline-Rives de Seine (Rouen),
  • Ecoquartier Carnot Gambetta (Suresnes)

Confirmation de la place de l’eau dans le cadre de vie et dans la lutte contre le changement climatique

Sur l’ensemble des dossiers abordés, la présence de l’eau est considérée comme un vecteur important de bien-être de la société. L’eau y est en effet support de loisirs, contributrice au paysage d’agrément. Ce qui semble évoluer est le positionnement, l’intégration de la planification d’une trame verte et bleue à l'égard du projet. A contrario, il persiste une faiblesse des éléments apportés sur l’impact d’un tel aménagement sur la préservation des milieux aquatiques.

Sur le plan de la lutte contre le changement climatique, les dossiers évoluent vers d’autres aspects comme le gisement énergétique de l’assainissement et la potentialité de l’eau pour rafraîchir les îlots de chaleur.

Sur le plan de la préservation de la ressource de l’eau, celle-ci est très développée, que ce soit pour des raisons économiques, techniques ou idéologiques. Le constat de la prise en compte de la gestion de l’eau à plus grande échelle territoriale est illustré par les quelques exemples ci-dessous, il devrait être confirmé dans la suite de l'étude

Les évolutions à chaque stade d’élaboration du projet

Gestion des eaux pluviales du quartier Andromède (CEREMA - DDT31)

Après analyse des quelques dossiers, on souhaiterait mieux comprendre si la politique de gestion de l’eau à l’échelle du projet s’articule bien avec les enjeux territoriaux des différents documents de planification ou réglementaires supra-communaux. Ce point semble pourtant crucial si l’on veut parvenir aux différents objectifs de la Directive Cadre Européenne sur l’eau, dont l’objectif général est bien d’atteindre d’ici 2015 le bon état des différents milieux aquatiques sur tout le territoire européen. C’est pourquoi, tout projet devrait être à même de justifier de la plus-value qualitative apportée pour l’unité hydrologique concernée et à plus grande échelle pour la préservation générale de la ressource en eau.

On note toutefois deux démarches qui vont dans ce sens. La première concerne le projet de Blagnac (dépt 31) comprenant un parc de 70 hectares qui sert de lien avec la trame verte et bleue développée sur son territoire et partie intégrante des actions du SCOT (plaine de Garonne). La seconde est d’un autre ordre mais l’objectif est bien d’avoir une cohérence du territoire à l’égard des risques d’inondation. Pour cela, la ville de Nîmes (dépt 30) a effectué une simulation hydraulique à grande échelle sur environ 1000 hectares, bien au-delà des simples préoccupations du projet de renouvellement urbain de 20 hectares.

Sur le plan des études préalables, les études de site sont plus complètes, ce qui est une bonne chose. Lors de l'appel à projets Ecoquartier 2009, un grand nombre de projets reposait sur d’anciennes friches polluées, ce qui interpellait sur les conséquences potentiellement néfastes sur le milieu environnant, et sur lesquelles aucune réponse n'était apportée. Aujourd’hui, certains dossiers semblent comporter des études plus approfondies sur le ou les milieux aquatiques présents sur site et sur l'historique du réseau hydrologique. Par ailleurs, la situation géographique du projet fait souvent référence à la trame verte et bleue en cours ou instaurée sur le territoire.

Au stade de la conception du plan d’aménagement, la gestion de l’eau est essentiellement aérienne et gérée au moyen de techniques alternatives dont l’objectif est bien de confirmer leur présence à toutes les échelles du projet (bâti, parcelle, espaces publics). Les projets semblent évoluer vers une accentuation de la lecture visuelle de l’eau, accompagnée d’une végétation de qualité.

Pour les parcelles, l’évolution semble porter sur les matériaux perméables qui permettent de compléter le dispositif des solutions alternatives mis en place, et pour répondre aux contraintes réglementaires de plus en plus fortes à l’échelle de la parcelle ou de l’îlot. Sur les espaces publics, dès que c’est possible, les aménageurs confortent le choix de l’infiltration en réalisant des aménagements paysagers hydrauliques en cohérence avec une gestion différenciée souvent adoptée. En cas de difficulté d’infiltration ou de rejet, les projets se concentrent sur la rétention et de manière variée : rétention à la toiture, stockage cuve pour la réutilisation et l’arrosage d’espaces verts, rétention naturelle par les ouvrages de type noue, chaussée à structure réservoir…. Certains projets ont compris l’intérêt de tel aménagement, en particulier les territoires soumis aux risques d’inondations. Ce nouvel appel à projet confirme aussi l’intérêt pour réhabiliter d’anciens cours d’eau dans les espaces publics. Enfin, à l’échelle des bâtiments, on notera le développement d’importantes surfaces de toitures végétalisées.

Vers un renforcement des prescriptions de régulation et de rejet des eaux pluviales

Sur le plan des recommandations ou des prescriptions réglementaires, la tendance porte à la fois sur l’eau potable et l’eau pluviale. Pour exemple, un dossier met en avant la réalisation d’une charte qui aborde la limitation de la consommation d’eau potable, complétée dans le cahier des charges par des prescriptions obligatoires telles que la réduction de la pression d’eau potable à 3 bars en tête de bâtiment.

Sur le plan des eaux pluviales, on constate des prescriptions plus importantes à l’échelle de l’îlot. Cela se traduit par la mise en place d’un coefficient d’imperméabilisation maximal par lot, par exemple 60% sur l’opération de Blagnac ou 70 % sur l’opération de Mons-en-Baroeul.

La réflexion semble aussi s’orienter vers une prise en compte plus globale de la gestion de l’eau à l’échelle de la parcelle. C’est-à-dire une mutualisation et une répartition de cette gestion entre le bâti et la parcelle (toitures végétalisées, stockage parcelle, jardins perméables et plantés). Sur les secteurs fortement urbanisés, on voit apparaître une politique de désimperméabilisation. Par exemple, le projet écoquartier de Nîmes va réduire l’imperméabilisation du secteur de plus de 20% (de 95% à 75%) permettant entre autres l’amélioration contre les risques d’inondation.

Côté régulation du débit de rejet, il est limité soit au niveau de la parcelle, soit au niveau de l’îlot. Sur le projet de Boulogne Billancourt, le débit de rejet est limité à 15 l/s à la parcelle et il est demandé une note explicative du calcul du rejet dès la phase permis de construire. Sur Nîmes, on est sur les deux échelles dont une rétention à l’îlot de 100 l/m² imperméabilisé.

L’évaluation et le suivi des projets

Au niveau du suivi du projet, il persiste une faiblesse concernant l’évaluation de l’impact d’un aménagement sur les milieux aquatiques.

L’évolution de l’usage de l’eau de pluie

Les dossiers abordent avant tout ce point sous l’angle d’une réutilisation pour entretenir les espaces publics, en particulier pour l’arrosage des espaces verts. L’évolution est surtout sensible auprès des collectivités où une réflexion semble se généraliser sur le gain potentiel occasionné sur le poste consommation d’eau potable. Mons-en-Baroeul a pris l’initiative de stocker et d’utiliser l’eau de pluie pour nettoyer son centre technique en particulier les locaux Milliez. A l’échelle des aménagements paysagers et à travers les solutions techniques alternatives, la rétention, l’irrigation et l’infiltration sont systématiquement recherchées permettant ainsi une alimentation autonome en eau des végétaux grâce à une gestion différenciée instaurée sur ces espaces verts.

Au final, quelles avancées sociales et techniques ?

Le premier appel à projet montrait le désir de redonner une place à l’eau dans les projets d’aménagement, en particulier sur la gestion des eaux pluviales. Ce nouvel appel à projet donne de nouvelles orientations.

La première concerne directement la lutte contre le changement climatique dont l’idée est bien d’utiliser le potentiel de l’eau pour rafraîchir les îlots de chaleur, que ce soit à partir d’une gestion aérienne des eaux pluviales ou à partir de différents concepts géothermiques.

La seconde orientation est l’évolution sociétale à l’égard de la place de l’eau dans la conception des projets. On voit apparaître une mutation de l’organisation urbaine existante par exemple liée au déplacement voiture vers un espace d’agrément. C’est l’exemple de Mons-en-Baroeul qui a su transformer une avenue existante en un parc « du plus sec au plus humide ».

Concernant l'énergie, il est aussi intéressant de noter un développement de la valorisation de la chaleur des eaux grises, comme l’exemple du projet de Roquebrune Cap-Martin. Enfin, la dernière orientation porte sur la sensibilisation des aménageurs et des habitants. Les projets évoluent en effet vers une sensibilisation accrue à la gestion économe de l’eau potable, comme le projet d’Issy-les-Moulineaux qui envisage d’équiper les logements d’écrans tactiles afin que les résidents puissent suivre et être sensibles à leur consommation d’eau potable.

Olivier HAUTBOIS, Céline MENETRIEUX, Anne-Marie TRINCAT (CEREMA)

Rémy Gasset (discussion) 23 septembre 2014 à 10:54 (CEST)

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