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L'érosion côtière en Europe

De Wikibardig
Site internet du RFRC : Réseau Français de Recherche Côtière

Sommaire

Introduction

L'histoire de l’Europe a été marquée par la migration continue de ses habitants vers les zones côtières qui offraient très souvent des conditions plus favorables à la croissance économique. Aujourd’hui, environ 70 des 455 millions de citoyens de l'Union Européenne élargie, c’est-à-dire 16% de la population européenne, vivent dans des communes côtières. Cette proportion ne cesse de s'accroître.

Phénomènes d'érosion à Ault (baie de Somme)

Cependant, nos communautés côtières ont eu clairement un impact sur l'environnement littoral. De manière générale, les activités économiques imposent une pression sur les zones naturelles, mais certains éléments environnementaux spécifiques sont propres aux zones côtières. Parmi ceux-ci, la prolifération des ouvrages côtiers, l'usage intensif des rivages naturels pour la détente et le tourisme, ainsi que l'extraction sur l’avant-côte de sables et de graviers destinés à la construction. Les zones côtières remplissent d'importantes fonctions écologiques, sociales et économiques. Les plus importantes sont la protection des biens contre les ondes de tempête et l'intrusion de l’eau de mer, l'absorption des engrais et des substances polluantes évacués par les fleuves vers la mer, ainsi que la reproduction et l’alimentation des poissons, crustacés et oiseaux. Réhabiliter ces fonctions naturelles coûterait bien plus que les générations futures de citoyens européens ne seront en mesure de dépenser.

Cependant, les actions de l'homme peuvent aussi contribuer à l’accélération de l’érosion côtière des rivages européens – une des conséquences les plus visibles de cette inéluctable et silencieuse réduction de l’environnement côtier.

L'érosion côtière se manifeste lorsque la mer gagne du terrain sur la terre à cause des vents, des houles et des mouvements des marées dans un contexte de pénurie sédimentaire. L'érosion côtière est un processus naturel qui a toujours existé et qui a façonné les rivages de l’Europe tout au long de l'histoire, mais il est maintenant évident que son ampleur actuelle est loin d’être naturelle. Dans maints endroits, des tentatives pour remédier à cette situation, par exemple en érigeant des ouvrages de protection, peuvent rendre la situation encore plus grave en provoquant une érosion plus intense sur les rivages adjacents. Cependant, si rien n’est fait, l'érosion provoquée par l'homme compromettra à la longue la capacité des zones côtières à s'adapter aux effets du changement climatique, notamment à l'augmentation du niveau de la mer et à l'accroissement de la force et de la fréquence des tempêtes.

Quelques chiffres

Les côtes européennes

La zone côtière représente une part importante du territoire de l'Union Européenne. L'économie du continent, sa vie sociale, son climat, son expansion géographique ont depuis de longues dates été déterminées par ses relations avec la mer. Aujourd'hui encore, celle-ci consiste un paramètre majeur de la vie européenne. La définition de la zone côtière varie cependant selon les usages et, selon la définition choisie, la proportion du continent constituée par la zone côtière peut varier entre 4% et 13%. On considère dans cette partie que la côte est la ligne délimitant l'interface entre la frontière des terres émergées et la limite littorale des eaux côtières et que la zone côtière est la surface du territoire appartenant au continent et située à moins de 10 kilomètres de la côte. Dans ce cas, l'Europe (l'Union Européenne, plus la Norvège, la Bulgarie, l'Islande) compte 185.000 kilomètres de côtes. Les zones côtières y occupent une surface de 560.000 km2, soit 13% de la superficie totale du territoire. Si on ne compte que l'Union Européenne, les zones côtières représentent 9,4% de la surface du territoire, soit 378.000 km2.

Suivant la définition choisie de la zone côtière, les chiffres de la population totale habitant dans ces régions varient aussi sensiblement. Le projet Eurosion estime cette population à 70 millions d'habitants en 2004 (16% de la population de l'Union Européenne). La commission européenne quant à elle évalue ce nombre à 86 millions (19% de la population totale) en 2006, mais en se basant sur des recensements de 2001.

Les chiffres caractéristiques de l'érosion en Europe

L'érosion côtière est un phénomène qui n'épargne aucun des états membres de l'Union Européenne. En 2004, environ 20 000 kilomètres de côtes, représentant 20% de l'ensemble des côtes de l'Union, sont estimés particulièrement affectés par ce phénomène. Si sur la plupart de ces côtes affectées un recul effectif du trait de côte est observé (15 100 km), parfois en dépit de travaux de défense (2 900 km), ce n'est pas le cas pour les 4 700 km de côtes stabilisés artificiellement. La superficie terrestre perdue ou largement endommagée par l'érosion est estimée à 15 km2 par an. Sur la période 1999-2002, la proximité du trait de côte a conduit entre 250 et 300 propriétaires à abandonner leurs habitations dans l'Europe élargie, et réduit la valeur sur le marché de 3 000 autres résidences de plus de 10%. Ces pertes sont toutefois largement inférieures aux pertes potentielles subies en cas de submersion des zones côtières due à la rupture de défenses côtières sévèrement érodées : en l'espace de 50 ans, la population établie dans les municipalités côtières a plus que doublé pour atteindre 70 millions d'habitants en 2001. Quant au capital investi dans la bande des 500 mètres de trait de côte, il est estimé aujourd'hui entre 500 et 1000 milliards d'euros. Il est à noter enfin que les risques liés à l'érosion côtière et aux submersions s'accroissent chaque année en raison des changements climatiques.

Degré de vulnérabilité des régions européennes à l'érosion côtière

Des études menées par le Panel Intergouvernemental pour les Changements Climatiques (IPCC) estiment à cet effet que le nombre annuel de victimes de l'érosion et des submersions atteindra le nombre de 158 000 en 2020, tandis que plus de la moitié des zones humides littorales aura disparu comme conséquence de la montée du niveau de la mer.

La difficulté d'assurer à la fois la sécurité des biens et des personnes et préserver les espaces naturels littoraux s'est considérablement accrue en l'espace de 15 ans compte tenu de l'augmentation des investissements, l'intensification des défenses côtières, et la réduction considérable des apports sédimentaires en provenance des bassins-versants. Depuis 1986, le « bétonnage » des côtes a progressé de 934 kilomètres sur les pays de l'Europe des 12 (UE12). Sur les 875 kilomètres de linéaire côtier en recul récent (c'est à dire en recul en 2001 mais pas en 1986 3), 63% se situent dans un rayon de 30 kilomètres d'un ouvrage côtier existant. Quant aux 37% restants, leur densité tend à être supérieure dans les régions d'Europe où le niveau de la mer a progressé de plus de 20 centimètres depuis 100 ans.

En 2001, les dépenses publiques consacrées à la protection des côtes contre le risque d'érosion et de submersion sont estimées à 3,2 milliards d'euros, soit une progression de 30% comparé à 1986 (2,5 milliard d'euros). Cependant, ces dépenses reflètent principalement le besoin de protéger des biens et des personnes encourant un risque imminent, elles ne reflètent pas les coûts environnementaux (ou externalités) induits par les activités humaines à long terme. Selon de précédentes études de l'IPCC, ces dépenses atteindraient en moyenne 5,4 milliards d'euros annuel entre 1990 et 2020.

Qu'est-ce que l'érosion côtière ?

L'érosion côtière peut se définir comme l'emprise de la mer sur la terre et doit s'observer sur des périodes suffisamment longues pour éliminer les effets du climat, des tempêtes et des régimes locaux de transports sédimentaires.

L'érosion côtière induit trois types de risques:

  • la perte de terrains de valeur (valeur économique, social ou écologique) ;
  • la rupture de défenses côtières naturelles (généralement des cordons dunaires littoraux) lors de tempêtes littorales entraînant la submersion des terrains situés en retrait ;
  • le sape des ouvrages de protection, pouvant également résulter en une submersion des terrains protégés.

Les processus d'érosion et de sédimentation côtières ont toujours existé en Europe et ont contribué tout au long de son histoire à donner forme à la grande diversité de paysages côtiers qui nous sont aujourd'hui familiers. Le ruissellement des eaux de pluie et les cours d'eau drainent un volume considérable de sédiments vers la côte. Ces sédiments d'origine terrestre, auxquels s'ajoutent les matériaux arrachés aux falaises et bancs de sable contribue à leur tour, par accumulation, au développement de récifs, vasières, marais et pré-salés, plages sableuses, et dunes. A leur tour, ces habitats naturels engendrent des bénéfices substantiels parmi lesquels une protection naturelle contre les excès des tempêtes littorales, des configurations géographiques propices au développement industriel ou touristique, la fixation de nitrates et de métaux drainés par les cours d'eau, enfin des conditions favorables à la nidification et à la croissance d'une grande diversité d'espèces animales. En ce sens, la lutte systématique contre les processus d'érosion peut entraîner un dysfonctionnement des habitats naturels côtiers et engendrer de nouveaux problèmes.

L'érosion côtière résulte d'une combinaison de plusieurs facteurs à la fois d'origine naturelle et humaine, opérant à plusieurs échelles de temps et d'espace. Les vents et tempêtes, les courants littoraux, les variations du niveau de la mer à plus ou moins long terme (incluant également les mouvements tectoniques et les phénomènes de subsidence), ainsi que les glissements de terrains, constituent les principales causes « naturelles » des phénomènes d'érosion. Les ouvrages côtiers, l'assèchement des bassins côtiers, les barrages et travaux d'irrigation, les opérations de dragage, le défrichement des terrains côtiers, ainsi que l'extraction de gaz et d'eau constituent quant à eux les principales causes humaines de l'érosion.

Références

  • Vivre avec l'érosion côtière en Europe - Espaces et sédiments pour un développement durable. Rapport de l'étude Eurosion, European Communities, 2004

Voir aussi


Le créateur de cet article est François Hissel
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